Le prix Hors Champ

Une ville de papier.   HODASAVA Olivier.   Ed. Inculte

 

1931 : sur la nouvelle carte routière du Maine établie par la General Drafting figure Rosamond, ville-leurre ; emplacement et nom ont été inventés par le cartographe Desmond Crothers en hommage amoureux à sa future femme, Rosamelia. 1951 : l’entreprise perd le procès intenté à un concurrent pour reproduction frauduleuse de la carte ; contre toute attente, la ville fictive s’est mise à exister pour certains. 2013 : un topographe amateur français s’entiche de l’histoire et part à la rencontre des derniers témoins de l’épopée Rosamond.

 

Donner vie à ce qui n’existe pas, c’est le pari en miroir du romancier et de ses personnages. Tel quel, le récit presque ordinaire de l’invention de Rosamond est tellement chargé d’émotion et d’humanité qu’on est prêt à y croire... C’est compter sans l’imaginaire malin d’Olivier Hodasava qui, en maître de l’illusion, nous embrouille en mêlant de façon convaincante personnages de fiction et personnalités soi-disant attirées par le destin de la ville de papier : Hitchcock, Robert Redford, Walt Disney, Stephen King ! Anecdotes, hypothèses, fausses pistes et disparitions de preuves tiennent en haleine jusqu’au terme de ce magistral tour de passe-passe littéraire. Bluffant et vertigineux. (T.R. et C.B.)

 

Le Rêve de l’Okapi. LEKY Mariana Ed. JC Lattès

 

Dans la campagne allemande, un village en émoi : Selma a rêvé d’un okapi, c’est le signe que quelqu’un va mourir dans les 24 heures. Vérité ou superstition, tout le monde se prépare à son dernier instant. Luise, la petite-fille de Selma, observe les comportements de son entourage : son père pris d’une envie de voyage, sa mère qui passe son temps avec Alberto le glacier, l’opticien amoureux en secret de Selma, Martin, son ami pour la vie, le chien Alaska… La mort va frapper là où on ne l’attendait pas. Ce sera dur. Mais le temps apprend à vivre avec les chagrins.

 

 

Luise, la narratrice, porte un regard d’enfant sur l’existence. Elle a 10 ans mais garde en grandissant ce regard singulier et charmant. On se laisse porter par l’écriture inventive qui fait exister des êtres attachants et décalés se débattant avec leurs secrets ou leurs fantasmes. Les petites choses de la vie se mêlent aux grandes. Et l’on comprend que vivre c’est apprivoiser l’amour et la mort. Ce roman le démontre avec une infinie délicatesse teintée d’humour. On s’y plonge avec délice et une fois le livre refermé, on quitte à regret ses personnages. (F.E. et C.B.)

 

Les Pierres. MORANDINI Claudio  Ed. Anacharsis

 

À Sostigno, dans la vallée, à Testagno, dans la montagne au-dessus, la vie coulait un cours paisible au rythme de la transhumance des troupeaux de l’un vers l’autre, depuis toujours. Jusqu’à ce jour où les pierres, les galets de la rivière, les gravillons sans importance « prirent l’initiative » de dévaler la pente. À leur rythme, selon des trajectoires imprévisibles. De quoi bouleverser la vie des villageois, de quoi affûter le besoin d’une explication… 

 

 

Une drôle d’histoire ! Claudio Morandini imagine les stratégies d’adaptation de ses personnages à l’événement, de la plus anodine à la plus farfelue, selon une logique absurde, l’objectif étant d’échapper aux projections. Quand l’inquiétude monte, on ne réfléchit guère. On cherche et trouve un bouc-émissaire. Et, quand on est homme, on pense et on parle : les hypothèses vont bon train entre spécialistes locaux du savoir, le curé, l’instituteur, le géologue venu de la ville, le sceptique même, détenteurs patentés de l’accès à la connaissance et bien d’autres, tous traités avec un humour ravageur. Faut-il vraiment faire la chasse à l’étrange ? Cette fable savoureuse a fait un choix… (C.B et M.D.)

 

L'Algérois. SERDAN Eliane Ed. Serge Safran

 

1962. Une petite ville du sud de la France. Il y a Marie, il y a Simon ; il y a le lycée et, pour Marie, la bibliothèque où Paul Boisselet, le maître des lieux, accompagne sa passion pour les livres. La vie s’écoule, en pente douce ; quand survient Jean Lorrencin, qui arrive d’Alger à la fin de l'été. Élégant, mystérieux et séduisant, il brise en éclats l’équilibre de leurs affections.

 

 

Qui est Jean, l’Algérois ? Pourquoi est-il parti de « là-bas » ? Pourquoi disparaît-il dans le silence de tous ? La construction est originale : trois récits se succèdent, cinquante ans après, entre lettre et journal intime : à chacun de faire entendre sa souffrance, sa colère ou sa compassion pour celui qui a bouleversé leurs vies ; à chacun, en même temps, de révéler une part de Jean, la part terrifiante d’un meurtrier vengeur dans l’engrenage de la haine des « événements » d’Algérie. Une tragédie qui n’en finit pas de finir, jusque dans les non-dits d’une bourgade paisible où se répercutent ses échos. L’écriture élégante et sensible de la romancière fait vivre l’intensité navrée de l’amitié, la nostalgie, la morsure du chagrin et l’infinie tristesse d’un gâchis irréversible.  (C.B et M.D.)