Le prix Hors Champ

Trois jours dans la vie de Paul Cézanne BIERMANN Mika Ed. Anacharsis

Paul Cézanne chemine entre collines et vallons vers les crêtes. Il ploie sous le barda de son chevalet, de sa toile, de ses pinceaux et couleurs. Soudain apparaît le corps d’une femme sur le talus. Son menton est éclaboussé de sang et sa joue maculée de boue… Paul la reconnaît : c’est la Rotonde. Il l’accompagne jusqu’à son logis : un misérable cabanon d’où surgit un homme furieux. Le peintre s’enfuit tandis que les deux autres luttent furieusement.


À partir d’un fait divers crasseux et violent, l’auteur, écrivain, guide et conférencier au Musée des Beaux-Arts de Marseille, déroule une aventure à la fois baroque et très instructive qui nous immerge dans l’univers de l’art. Dans un style imagé, précis dans la description et parfois cru, il suit l’artiste à la fois dans sa vie la plus quotidienne et dans sa vie créative. Cette dernière se révèle tantôt excitante tantôt éprouvante pour l’artiste et pour son entourage… Ce court récit se lit d’une traite et montre celui qu’il nomme « Peintre Paul » sous un jour ô combien différent de celui que nous admirons dans les musées. (A.-M.D. et J.G.)

 

Valencia Palace. PERREAULT Annie Ed. Le nouvel Attila

Août 2009 : Claire Halde, son mari et leurs deux jeunes enfants viennent de Montréal passer des vacances en Espagne. Tranquillement installée au bord de la piscine, au 4e étage terrasse, du Valencia Palace, Claire est témoin du suicide d’une femme blonde qui se précipite dans le vide après lui avoir déposé son sac. Hantée et minée par ce drame, Claire se sent coupable et décide six ans après de revenir seule sur les lieux.  

 

 

Construit comme un thriller, dans une atmosphère aux confins du fantastique, Valencia Palace est un livre reposant sur trois personnages de femmes : l’inconnue suicidée dont on ne saura rien, Claire Halde, la femme témoin, dont l’auteure raconte l’histoire, ou ce qu’elle en sait, et sa fille, le « Je », venue courir le marathon 2025 de Valence, sur les traces de sa mère, autre marathonienne, pour essayer, de comprendre et d’admettre l’incompréhensible, au fil des kilomètres qui s’égrènent … Un livre stupéfiant et magnifique aux multiples interprétations dans des jeux de miroirs. (M.-T.D. et J.G.)

 

 

 

Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse. TOMAZIC Agata Ed. Belleville

Celle-ci claque la portière de la voiture dans la file d’embarquement du ferry qui conduira, seuls, vers le lieu de leurs premières vacances, son compagnon et leur enfant. Celle-là dit qu’elle comprend le langage des oiseaux. Ce qui fait sourire. Alors, quand elle décide de les rejoindre en plein ciel…  Entre eux deux, il ne s’est rien passé, elle peut l’affirmer sans mentir à son mari. Rien ou tout ? Qui, enfin, mieux que sa maman, peut comprendre cet homme que passionnent, à plus de quarante ans, les nombres premiers ?  

Ces nouvelles savoureuses sont regroupées sous un titre qui donne le ton. À sa coiffeuse, en effet, que ne confie-t-on pas dans la complicité du papotage et le ronron du sèche-cheveux ! Peut-être justement l’indicible dont sont tissés ces courts récits, quand la vie quotidienne, sans crier gare, sort des sentiers battus, flirte avec l’interdit ou l’invraisemblable. La nouvelle, dans sa sobriété exigeante, impose des raccourcis, des ellipses dont Agata Tomazic s’amuse : ses personnages sortent d’une comédie humaine à la mélancolie drôle. Il faut oser sourire car, en amont, c’est la peinture d’une société qui affleure et l’ironie implacable de la vie. (C.B et F.E)    

 

Nostra Réquiem  ROUBADI Ludovic Ed. Serge Safran

Le père d’Anton et de Brubeck est éleveur de chevaux pour l’armée. Un orage terrible retarde une livraison promise. Le fils cadet est envoyé au fort militaire pour prévenir. Il ne revient pas. Le père demande à l’aîné, quinze ans, d’aller à sa rencontre. Anton ne retrouve pas son frère et, par naïveté et ignorance, il est enrôlé malgré lui. Au front, pour les distraire, il raconte à ses compagnons de malheur les belles histoires que son père lui contait à la ferme, chaque soir.

 

 

Avec ce récit violent et tendre à la fois, Ludovic Roubaudi nous fait partager sa conviction d’amoureux de la littérature : quand la folie s’empare des hommes, les livres préservent la beauté du monde. Sans préciser exactement le pays, le conflit, ni l’époque, l’auteur livre une histoire universelle pleine de fureur et de peur, de peine et d’espoir. Ludovic Roubaudi est un conteur dont la voix tisse un lien entre celles de ses personnages, mises en abîme par une construction gigogne. Le rythme vif de la narration, les caractères puissamment incarnés, l’écriture ardente, âpre ou lyrique, rendent poignante l’intemporalité des débordements de la bêtise et de la haine. (T.R et C.B.)