Littérature Adulte 2018-2019

                                                                                                                                                                  Mai 2019

«Le sport des rois»

MORGAN CE 

Ed. Gallimard

Riche propriétaire terrien du Kentucky, Henry Forge dédie sa vie à la recherche de la combinaison génétique idéale pour créer le cheval parfait, une machine de course imbattable et grandiose. Digne héritier d'une famille autoritaire habituée depuis des décennies à posséder, commander, dominer, il fait tout plier à sa volonté, la génétique comme sa fille unique, Henrietta, à qui il transmet son obsession. Dans une ville voisine, Allmon Shaughnessy, un jeune homme noir élevé dans les quartiers pauvres par une mère souffrante, grandit dans un monde de discriminations et d'injustices où les violences policières sont légion. Déterminé à changer le cours de son destin et à conquérir la fortune qu'il mérite, Allmon arrive chez les Forge : garçon d'écurie au talent rare et à l'ambition dévorante, il va mener à la victoire une pouliche de légende, Hellsmouth, bouleverser l'équilibre malsain de la famille et découvrir l'envers du rêve américain. Ouvre monde, Le sport des rois nous emporte dans son impétueux courant, profond et violent comme le fleuve Ohio. C. E. Morgan nous offre une plongée vertigineuse dans les abysses de l'esclavage et de son héritage, entremêle avec brio les époques et les lieux et livre, par la force unique de son souffle, une exceptionnelle épopée américaine sur plus de trois générations.

 

 

«Le cartographe des Indes boréales»

TRUC Olivier 

Ed. Métailié

Au XVIIe siècle, un jeune basque, destiné à suivre son père chasseur de baleines au Spitzberg, est contraint par un agent de Mazarin à étudier la cartographie au Portugal avant de rallier la Suède où l’attendent de nombreuses aventures. Il devient le compagnon de jeux de la future reine Christine, sauve de la noyade le nouveau-né d’une chamane lapone et connaît moult tribulations entre Amsterdam, Stockholm et la Laponie.

 

 

Alexandre Truc s’est fait le chantre des Lapons (La Montagne rouge, NB décembre 2016) qu’il connaît bien. Il leur donne, dans ce roman historique copieux et ambitieux, une place de choix et reconstitue, à sa manière, le douloureux combat qu’ils ont dû mener contre les autorités suédoises luthériennes déterminées à les convertir et à les asservir au pouvoir royal. Si cet aspect retient l’attention, il est plus difficile de suivre les motivations du héros, les manipulations dont il est l’objet et le déroulement de l’intrigue, aussi fluctuants et compliqués que les problèmes politico-religieux et le jeu des alliances des pays européens dans lesquels ils s’inscrivent. Cependant le style alerte soutient un récit romanesque qui aurait gagné à plus de concision et de clarté. (L.K.)

 

 

«Raisons obscures»

ANTOINE Amélie 

Ed. XO

Deux familles ordinaires à l'heure de la rentrée scolaire. 
Deux familles où chacun masque et tait les problèmes pour ne pas inquiéter les autres. 
Chez les Kessler, la mère a retrouvé son premier amour. 
Chez les Mariani, le père est mis à l'écart dans son entreprise. 

Deux familles où règnent les secrets. 
Où, sans que personne ne s'en aperçoive, un enfant est 
progressivement démoli par un autre. Harcelé, rabaissé, moqué au quotidien. 
Détruit dans le silence et l'aveuglement le plus complet. 

Deux familles où, en apparence, tout va bien. 
Jusqu'à ce que tout déraille... 
Pour des raisons obscures. 

Un roman sur les non-dits, les faux-semblants, et ce regard que, parfois, l'on ne sait plus toujours porter autour de soi. 

Une chronique implacable sur le harcèlement, le silence des victimes, la cécité des proches, servie par une écriture puissante et cinématographique.

 

 

«Une saison à l’Hydrea»

HOWARD EJ, BEDFORD S

Ed. Quai voltaire

A 61 ans, Emmanuel Joyce est un dramaturge à succès. Accompagné de sa femme Lillian et de son manager dévoué Jimmy Sullivan, qui partage leurvie nomade, il s'apprête à quitter Londres le temps de repérer une jeune comédienne pour sa nouvelle production à Broadway. Le trio est rejoint par Alberta, la nouvelle secrétaire de 19 ans, tout droit sortie du presbytère de son père dans le Dorset. A New York, alors qu'aucune candidate au rôle ne fait l'affaire, surgit l'idée de le confier à l'ingénue. S'ensuit un nouveau départ, direction l'île d'Hydra, loin des insupportables mondanités du théâtre : une chaîne de montagnes plongeant dans une eau transparente, des maisons d'un blanc éclatant entourées de cyprès et de figuiers. Là, Jimmy a six semaines pour apprendre le métier à Alberta, et Emmanuel l'espoir de renouer avec l'écriture. Lillian, quant à elle, hantée par la mort de leur fille, fragilisée par sa maladie de coeur et par les infidélités répétées de son mari, peut jouir du soleil et de l'air de la mer. Pourtant, elle ne sait se défaire de ses tourments et soupçons : et si Emmanuel s'éprenait de la délicieuse Alberta ? Le temps d'un été brûlant, la dynamique qui lie les quatre exilés prend une tournure inattendue, et la vie de chacun change de cap...

 

 

«Pas dupe»

RAVEY Yves

Ed. Ed de minuit

On retrouve le corps de Tippi, la femme de monsieur Meyer, parmi les débris de sa voiture au fond d'un ravin. L'inspecteur Costa enquête sur ce drame : accident ou piste criminelle ? Monsieur Meyer se plie aux interrogatoires de l'inspecteur, ce qui n'est pas de tout repos, d'autant qu'il n'est pas dupe.

 

 

«Les heures indociles»

MARCHAL Eric

Ed. Anne Carrière

Londres 1908. Le mouvement des suffragettes prend de l’ampleur. Parmi elles, Olympe Lovell invente des manifestations osées et elle va le payer très cher. Thomas Belamy, médecin au passé mystérieux, travaille aux urgences de l’hôpital St Bartholomev et sa réputation croît de jour en jour : il obtient des guérisons miraculeuses en mêlant les connaissances de la médecine chinoise à la thérapeutique classique. Horace de Vere-Cole, aristocrate fortuné et fantasque, met en scène des canulars spectaculaires. Ces trois personnages réunis sont entraînés dans une succession d’aventures…

 

 

Ce nouveau roman d’Éric Marchal (Là où rêvent les étoiles, NB janvier-février 2017), basé sur une solide documentation historique, brosse le tableau de Londres au début du XXe siècle, du combat des femmes pour leur autonomie et des avancées de la médecine. L’histoire est menée tambour battant, ménageant le suspense jusqu’à la fin. Les trois protagonistes sont attachants, l’atmosphère londonienne avec ses cabarets fréquentés par la jeunesse fortunée, bien décrite. La seconde partie tourne au roman policier avec une incursion dans les quartiers mal famés des malfrats et des dealers. Un roman qui se lit facilement malgré des longueurs et des scènes répétitives.  (E.L. et M.S.-A.)

 

 

«Ma chérie»

PEYRIN Laurence

Ed. Calmann-Lévy

Née dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami.
Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient
avec elle hier encore.
Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte.
Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963…Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…

                                                                                                                                                                 Avril 2019

«Les gratitudes»

DE VIGAN Delphine 

Ed. JC Lattès

«  Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences. 
Et la peur de mourir.  
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas.  »
 
Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent  : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé  de la suivre.

 

 

«L’évangile selon Yong Sheng»

SUIE Dai

Ed. Gallimard

Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale, au début du vingtième siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique des sifflets pour colombes réputés. Les habitants raffolent de ces sifflets qui, accrochés aux rémiges des oiseaux, font entendre de merveilleuses symphonies en tournant au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fait
naître la vocation du garçon : Yong Sheng, tout en fabriquant des sifflets comme son père, décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng fera des études de théologie à Nankin et, après bien des péripéties, le jeune pasteur reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l'avènement de la République populaire, début pour lui comme pour tant d’autres Chinois d’une ère de tourments – qui culmineront lors de la Révolution culturelle. 
Dai Sijie, dans ce nouveau roman, renoue avec la veine autobiographique de son premier livre, Balzac et la petite tailleuse chinoise. Avec son exceptionnel talent de conteur, il retrace l’histoire surprenante de son propre grand-père, l’un des premiers pasteurs chrétiens en Chine.

 

 

«Le Chant des revenants»

WARD Jesmyn

Ed. Belfond

Dans une petite ville du Mississippi, Jojo, treize ans, vit chez ses grands-parents avec sa petite soeur Michaela et Léonie leur mère. Le père, Michael, interné au pénitencier de Parchman pour trafic de drogues, va être libéré. La famille blanche de Michael n'a jamais accepté son union avec une noire et refuse depuis toujours de connaître leurs enfants métis.

 

 

Jesmyn Ward prend à coeur de dénoncer, dans ce roman où se mêlent violence et tendresse, les conditions indignes d'incarcération des Noirs à Parchman Farm jusque dans les années soixante-dix et les scandales de la ségrégation raciale encore bien ancrée dans cet état du Sud des États-Unis, parfois jusqu'aux lynchages. Le récit, conduit par deux narrateurs principaux auxquels s'ajoute la voix d'un "revenant", fait alterner deux visions : celle de Léonie, pleurant sur la brutalité de la vie matérielle, la dépendance à la drogue et la douleur d'un frère assassiné, et celle de Jojo, fort de l'attachement qui l'unit à ses grands-parents aimants et à sa petite soeur fragile. Un roman classique, à l'écriture sans fard, qui s'achève par une scène de fraternité inspirée par Steinbeck. (M.M. et M.Bo)

 

 

«Belle-Amie»

COBERT Harold

Ed. Les Escales

Que diriez-vous de retrouver Georges Duroy, le fameux " Bel-Ami " de Maupassant ? Comment va-t-il poursuivre sa fulgurante ascension après son fastueux mariage avec Suzanne à la Madeleine ? Mettant ses pas dans ceux du maître, Harold Cobert livre une suite possible au chef d'œuvre de Maupassant.

Après son fastueux mariage en l'église de la Madeleine à Paris, Georges Du Roy, le " Bel-Ami " de Maupassant, se met à rêver d'une carrière politique. Et si ce monde devenait son nouveau terrain de jeu, l'arène de son ambition dévorante ? 
Louvoyant entre le milieu journalistique et celui des affaires, Du Roy intrigue comme jamais pour accéder aux plus hautes sphères du pouvoir. Alors qu'elle milite pour les droits des femmes, Suzanne, son épouse, se révèle une alliée précieuse dans cette lutte féroce. 
En glissant ses pas dans ceux du maître et en nous entraînant dans le Paris de la fin du XIXe siècle, Harold Cobert propose une suite haletante au chef-d'œuvre de Maupassant. À lire aussi comme un saisissant miroir de notre époque. 

 

 

«Une vie de homard»

HANSEN Erik Fosnes

Ed. Gallimard

Sedd est un garçon de quatorze ans, intelligent, cultivé et très réfléchi pour son âge. Il a un sens aigu de ce qu'il faut faire et du comme il faut - non seulement pour sa propre personne, mais également pour un établissement de standing. Car Sedd vit à Fåvnesheim, un vaste hôtel de montagne tenu par ses grands-parents, dans une Norvège qui n'a pas encore pleinement encaissé les dividendes du pétrole. On va suivre Sedd pendant cette année 1982 où le monde vacille lentement autour de lui, tandis qu'il s'e fforce de rester debout, tout en nous racontant ces funestes événements. Tels les homards de l'aquarium de l'hôtel, les personnages de cette histoire se cachent sous des carapaces, derrière une accumulation de façades, et ne peuvent ni ne veulent voir ce qui se passe. Une vie de homard est un grand roman à la fois tragique et cocasse sur toutes les stratégies que chacun est capable de mettre en oeuvre pour se masquer la réalité.

 

 

«Le balcon de dieu»

EBODE Eugène

Ed. Gallimard

Un couple de Sud-Africains blancs, Donovan et Mélania Bertens en voyage de noces à l'île Maurice, sont contraints de séjourner à Mayotte. Choqué par la misère de l'île, Donovan convainc Mélania de s'y installer afin d'apporter leur aide à la population. La menace d'affrontements entre communautés, l'insécurité et les mouvements sociaux les obligent à vivre reclus.

 

 

«Rendez vous à Samarra»

O’HARA John

Ed. L’Olivier

Décembre 1930, vacances de Noël. Gibbsville, petite bourgade tranquille de Pennsylvanie, est en pleine effervescence. On y danse et on y boit, dans les bars louches comme dans le milieu très fermé de l'élite locale. Parmi les membres de cette élite se trouvent Julian et Caroline English. En pleine réception, Julian lance le contenu de son verre à la figure de Harry Reilly, sans raison apparente... simplement par agacement. Sans qu'il le sache, ce geste impulsif vient de précipiter Julian English dans une spirale autodestructrice qui va durer quarante-huit heures : après avoir cherché secours dans l'amour de sa femme et de ses amis, dans l'alcool, dans la fuite, il aura finalement à se rendre à ce " rendez-vous à Samarra ", qui est un rendez-vous avec la mort.


Le roman de John O'Hara avait fait scandale lors de sa parution en 1934. Exploration crue et directe des rapports entre les sexes, autopsie au scalpel de la vie de province américaine, pessimisme omniprésent, autant d'éléments qui ont fait de ce livre un chef d'œuvre précurseur de tout un pan de la littérature américaine. C'est également une fresque extraordinaire sur l'Amérique au temps de la Dépression, où l'on croise des personnages inoubliables, notamment des gangsters et des bootleggers.

 

 

«Les femmes de Heart Spring Montain»

Mc ARTHUR

Ed. Albin Michel

Août 2011. L'ouragan Irene s'abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation. Loin de là,  à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête. Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d'autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.
Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies. Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c'est aux secrets des générations de femmes qui l'ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu'elle a tant voulu fuir.
Après Le Coeur sauvage, un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d'une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l'avenir de notre planète.

                                                                                                                                                                Mars   2019

«Le nouveau»

CHEVALIER Tracy

Ed. Phébus

Washington, 1974. Osei, onze ans, fils d’un diplomate ghanéen, intègre le CM2 d’une école privée où il est le premier et le seul élève noir. Il devient ami avec la fille la plus populaire de la section, la jolie Dee aux nattes blondes, éveillant chez d’autres enfants un sentiment de jalousie mâtiné de racisme. En une journée tout tourne au drame.

 

 

Tracy Chevalier (À l’orée du verger, NB juillet-août 2016) réussit à donner à son roman l’étoffe d’un drame classique ; l’histoire d’Osei et de Dee rappelle le destin d’Othello et de Desdémone, transposé chez des pré-adolescents américains des années soixante-dix. La peinture des deux héros et de leurs camarades explore avec justesse cet âge où l’innocence de l’enfant et la fraîcheur de ses sentiments sont mis à mal par le désir de singer la vie sentimentale des adultes, doublé de la cruauté qu’engendrent l’envie, la jalousie et le mensonge. L’auteur y a ajouté une note de racisme, dont les formes, larvées chez les enfants, difficilement contrôlées chez les adultes, parents et professeurs, sont finement analysées et mises en scène. Un roman sensible, bien mené, dont les jeunes héros sont émouvants. (L.K. et C.-M.T.)

 

 

«Trois concerts»

GRUBER Lola

Ed. Phébus

Enfant fermée et silencieuse, Clarisse semble entendre les sons avec une seconde d’avance. La musique pourrait-elle la sauver de l’isolement ? À sept ans, elle provoque le hasard en devenant l’élève de Viktor Sobolevitz. Et partage avec ce maître célèbre et misanthrope le même amour intransigeant de l’art. Mais pour faire carrière dans la musique, il faut que plus que du talent. Peu préparée à la compétition, la jeune violoncelliste va bientôt l’apprendre… Lorsqu’elle rencontre Rémy Nevel, un critique musical, médiatique et ambitieux, son destin pourrait basculer. Quitte à perdre, au passage, quelques illusions. Entremêlant les partitions de ces trois personnages, Lola Gruber nous offre un roman d’initiation hors-normes, qui est aussi une réflexion sur notre soif de pureté et de reconnaissance. On tourne les pages avec avidité, séduit par la finesse des analyses autant que par un suspense diaboliquement généreux.

 

 

«Trouble»

OLYSLEAGERS Jeroen

Ed. Stock

Anvers, 1940. Wilfried Wils, 22 ans, a l’âme d’un poète et l’uniforme d’un policier. Tandis qu’Anvers résonne sous les bottes de l’occupant, il fréquente aussi bien Lode, farouche résistant et frère de la belle Yvette, que Barbiche Teigneuse, collaborateur de la première heure. Incapable de choisir un camp, il traverse la guerre mû par une seule ambition : survivre. Soixante ans plus tard, il devra en payer le prix.
Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

 

 

«Grand angle»

SOMEKH Simone

Ed. Mercure de France

Ezra, quinze ans, qui grandit dans une famille juive ultra-orthodoxe de Boston, veut devenir photographe. Il va devoir pour cela s'éloigner inexorablement de son milieu. Spécialisé dans le domaine de la mode, travaillant aussi la nuit dans un bar - et donc rejeté par son père et sa communauté -, il ne veut pas renoncer à la partie juive de son identité. Il partira un jour pour Tel Aviv, la "ville qui ne dort jamais", et là...

 

 

«Ivoire»

LABUZAN Niels

Ed. JC Lattès

Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe, les animaux, et en particulier les éléphants, ont trouvé un refuge  : des hommes veillent nuit et jour pour préserver la vie sauvage. C’est là que le combat a été engagé avec la plus grande volonté contre le braconnage. Les personnages de ce roman sont tous partie prenante d’une guerre bien particulière qui se joue en Afrique mais qui nous concerne tous. Douaniers, rangers, militaires, éleveurs, civils, braconniers… ils tuent ou protègent, vivent au milieu de ces paysages grandioses, entourés de ces animaux qui ont pu conserver leur liberté et leur dignité. Tous connaissent le prix de ces vies, savent ce que certains hommes sont capables de faire pour de l’ivoire ou une peau. Parmi eux il y a Seretse, qui travaille pour le gouvernement du Botswana, Erin, qui a quitté la France pour vivre dans une réserve et Bojosi, un ancien braconnier reconverti en garde. Ils n’idéalisent pas la nature, ne la sacralisent pas, ils y vivent, la protègent et pourraient y mourir.
Un roman superbe qui interroge les liens de l’homme avec la nature et le monde sauvage  : ces animaux craints, admirés, chassés, enfermés, vendus sont le reflet de notre histoire, de nos peurs et de notre avenir.

 

 

«Les amis»

GABEL Aja

Ed. Rivages

En décembre 1992, quatre musiciens, étudiants au conservatoire de San Francisco, décident de former un quatuor à cordes : deux femmes violonistes, Jana et Brit, un violoncelliste plus âgé, Daniel, et Henry, alto, le plus jeune et déjà le plus talentueux. À la fin de leurs études, en mai 1994, ils se présentent au prestigieux concours de quatuors Esterhazy, auquel ils échouent. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’ils remportent le trophée qui va les faire connaître et « booster » leur carrière pendant quinze ans.

 

 

Aja Gabel, elle-même violoncelliste, analyse subtilement la psychologie et les sentiments de ses personnages et nous fait pénétrer dans l’univers particulier de la musique. La vie privée de ces quatre amis, qui se sont choisis pour leur instrument et leurs talents respectifs sans se connaître vraiment, accompagne le déroulement de leur carrière et accuse leurs différences. Mais leur amitié indéfectible, proche de l’amour malgré des bagarres homériques, les lie inextricablement. Ces particules libres paradoxalement indissociables s’ajustent intuitivement quand ils jouent. Et on pénètre au coeur des morceaux qu’ils exécutent. Ces oeuvres introduisent chaque partie de cette aventure musicale et humaine, portée par une écriture sensible, qui nous entraîne irrésistiblement. Un premier roman réussi.  (E.L. et L.G.)

 

 

«D’os et de lumière»

McCORMACK Mike

Ed. Grasset

Marcus Conway est assis devant la table de sa cuisine, un sandwich et un verre de lait posés sur la nappe blanche. Il lit son journal et écoute la radio dans la maison vide, sa femme et ses deux enfants sont absents. Il est midi et les cloches sonnent l’Angelus, nous sommes le 2 novembre dans le village de Louisburgh, en Irlande. Pendant une heure, jusqu’au prochain bulletin d’information, Marcus se remémore sa vie depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, sa vie de fils, de mari, de père, d’ingénieur du génie civil. Il désosse son passé comme il observe les ponts, d’un regard aussi rationnel qu’émerveillé. Il se souvient également des épreuves qu’il a traversées comme son combat contre la petite corruption locale qui menace sans cesse de mettre en péril la qualité de son travail, et donc la sécurité de ses concitoyens.
Marcus se rappelle ses premières années d’homme marié aux côtés de Mairead, la naissance de leur fille puis celle de leur benjamin – l’aînée deviendra artiste-plasticienne alors que le second partira vivre à l’autre bout du monde, en Australie. Puis ce jour où, comme une large partie de la population du comté, Mairead est prise de violentes douleurs causées par un virus présent dans l’eau du robinet, un véritable désastre sanitaire. Il se souvient ensuite du trajet en voiture pour rapporter des médicaments à sa femme alitée. Il se souvient de sa vie qui s’est alors mise à vaciller…
Mike McCormack raconte avec tendresse et émotion l’histoire d’un homme. En suspension durant cette heure hors du temps, les souvenirs de Marcus Conway s’agrègent avec grâce pour mettre en regard l’intime et la société, le monde rural et l’économie globalisée, la tradition et les grandes questions contemporaines – la démocratie ou encore l’écologie. Il y a une lumière singulière dans ce texte, une langue qui bat au rythme d’un cœur en peine et qui nous immerge dans les profondeurs de l’âme celtique. Écrit d’un seul souffle, D’os et de lumière est un livre qui fera certainement date dans l’histoire de la littérature anglo-saxonne.

Février 2019

«L’insomnie»

BEN JELLOUN Tahar 

Ed. Gallimard

Un scénariste marocain souffre d’insomnie et découvre qu’après avoir étouffé sa mère il dort beaucoup mieux ! C’est pour lui une illumination. Il s’emploie alors non à tuer, pense-t-il, mais à avancer légèrement l’heure d’un trépas imminent. Chaque meurtre lui procure un petit capital de PCS ou points crédit sommeil qu'il gère de façon prudente et réfléchie. Car plus la victime est importante, plus l’acte rapporte de points. Il s’attaque ainsi à diverses "cibles" : dépressifs, tortionnaires, riches banquiers...

 

 

C’est avec un certain brio et un plaisir évident que Tahar Ben Jelloun (Un pays sur les nerfs, NB octobre 2017) développe cette idée surprenante et farfelue. Il mêle à son récit des réflexions parfois inattendues mais intéressantes sur son pays, parle de la longueur de ses nuits d’insomnie et de ses angoisses. Cependant, il a beau varier les situations et les scénarios de chacune de ses "interventions", le roman prend un tour inévitablement répétitif. Jusqu’à un épilogue parfaitement inattendu qui confère à l’ensemble du texte une dimension étrange et plus profonde, laissant à chacun le choix d’interpréter à sa façon cette sorte de fable sur l’attente de la mort.   (J.M. et M.-N.P.)

 

 

«La fille au sourire de perles»

WAMARIYA Clementine

Ed. Les Escales

Rwanda, 1994. Clemantine, six ans, et Claire, quinze ans, doivent fuir la violence et s’embarquent pour six ans d’errance tumultueuse à travers sept pays. Elles connaissent faim, misère, maladie, bidonvilles et camps de réfugiés. Si Claire parvient à organiser leur survie par son énergie, la cadette se sent « invisible » et vit dans la peur. Or elles rejoignent enfin l’Amérique, recueillies par des bienfaiteurs, l’adolescente bénéficiant d’une maman adoptive généreuse, offrant soutien financier et moral. En 2006, Clemantine gagne un concours de rédaction organisé par Oprah Winfrey et devient célèbre.

 

 

Poignant témoignage d’une enfant qui regrettait nounou, contes et poupée, ce récit est bouleversant. Avec l’aide d’une journaliste du New York Times, la narratrice, diplômée de Yale, émerge enfin de sa lutte pour se reconstruire en revenant sur son passé dramatique, relate à sa façon la tragédie rwandaise. Elle refuse la charité, souligne l’influence d’Elie Wiesel dans La Nuit, évoque les relations familiales, la difficulté pour une réfugiée à s’intégrer dans une atmosphère traditionnelle. Seul bémol, l’alternance permanente entre passé africain et présent américain, les retours en arrière pouvant dérouter. Refléteraient-ils les fractures intérieures d’une enfant privée d’enfance et qui ressent la fragilité de la condition féminine dans sa culture d'origine ? (S.La. et F.L.)

 

 

 

«Reste avec moi»

ADEBAYO Ayobami

Ed. Charleston

Yejide espère un miracle. Un enfant. C’est ce que son mari attend, ce que sa belle famille attend, et elle a tout essayé. Mais quand une délégation familiale se présente à sa porte escortant une jeune femme, son univers vacille. Accepter une seconde épouse, c’est au-dessus de ses forces.

“Un déchirant roman sur comment le désir d’enfant peut détruire une femme, un mariage, une famille” - The Economist

Née à Lagos, Ayobami Adebayo a étudié l’écriture aux côtés de Chimamanda Ngozi Adichie et Margaret Atwood. À tout juste 29 ans, elle est l’auteure d’une œuvre saluée par de nombreux prix littéraire et reconnue comme une écrivaine d’exception. Reste avec moi, son premier roman, a été traduit dans 18 pays. Avec une grâce extraordinaire et une grande sagesse, elle écrit sur l’amour, la perte et la rédemption.

 

 

«Le paradoxe du bonheur»

FORNA Aminatta 

Ed. Delcourt

Un soir de février, à Londres, un renard traverse un pont, une femme percute un passant. Elle est américaine, il est ghanéen. A partir de cet événement presque banal, Aminatta Forna tisse le long de la Tamise, à deux pas des monuments et des beaux quartiers, une succession de rencontres improbables entre ces deux personnages et des étrangers de l'ombre qui travaillent dans les arrière-cours des théâtres, les parkings ou les cuisines des palaces. Une communauté disparate d'exilés qui, sans se connaître, se mobilisent pour rechercher un petit garçon dont on a perdu la trace. Un roman sur la vie souterraine des grandes métropoles. sur la cohabitation entre les humains réunis par le hasard ou les guerres du monde, entre les hommes et les animaux sauvages. Un récit entrecroisé sur le bonheur qui, et c'est le moindre de ses paradoxes, est là où on ne l'attend pas et qui tient parfois à la présence d'un renard sur un pont, à Londres, un soir de février.

 

 

«Dans l’ombre d’un brasier»

LE CORRE Hervé 

Ed. Rivages noir

A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombardée où se dressent des barricades, le mal rôde. Des jeunes femmes disparaissent, enlevées par un personnage aussi pervers que repoussant. Parmi elles, Caroline, la bien-aimée du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de "commissaire" de police par la Commune, enquête sur l'affaire. Mû par le sens du devoir, il se lance à la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les exécutions sommaires... Et tandis que Paris brûle, Caroline, séquestrée, puis "oubliée" dans une cave parmi les immeubles effondrés, lutte pour sa survie. C'est une course contre la montre qui s'engage, alors que la Commune est en pleine agonie.

 

 

«Les sœurs aux yeux bleus»

SIZUN Marie 

Ed. Arlea

Dans Les Soeurs aux yeux bleus, avec une étonnante force romanesque, Marie Sizun continue d'explorer l'histoire de sa propre famille, passant du XIXe siècle au XXe en un récit où la réalité prend parfois des airs de saga.

Après La Gouvernante suédoise, Marie Sizun poursuivait la chronique familiale des Sézeneau et des Bergvist. Nous les avions laissés dans cette grande maison de Meudon, où Hulda, la jeune mère de vingt-six ans, vient de mourir, emportant avec elle son secret: la découverte de la liaison de son mari, Léonard, avec Livia, la gouvernante des enfants. 
Dans Les Soeurs aux yeux bleus, que va-t-il se passer après ce drame qui a atteint chaque membre de la famille ? Léonard Sézeneau, bien sûr, mais aussi les enfants, trois filles et deux garçons, de même que Livia, qui se mure dans le silence et accepte de suivre la famille à Saint-Pétersbourg. Là-bas, tant bien que mal, ils essaieront de survivre à l'absente ; les enfants grandiront, le voile sera levé, imperceptiblement sur les raisons de la mort d'Hulda. Livia ne pourra que s'effacer, en proie à l'hostilité grandissante des trois soeurs. Nous les retrouverons en France, où ils se réfugient à la Bernerie-en-Retz, puis à Paris, où les trois soeurs qui ont grandi, commencent à vivre leur vie de 
femme. Mais l'ombre de Livia plane sur leurs destinées et par un tour du hasard, de ceux que parfois la vie réserve, les deux familles seront à nouveau réunies.

 

 

«Changer le sens des rivières»

MAGELLAN Murielle 

Ed. Julliard

Le Havre. Marie, un père malade à charge, est serveuse dans un bar. Elle aime Alexandre, garçon cultivé et féru de cinéma : il découvre son ignorance et s’éloigne. Blessée par ce rejet, elle le retrouve, lui fait de vifs reproches et l'agresse. D’où un passage au tribunal, une amende et l’interdiction de revenir dans le quartier de la victime. Sa situation financière devient difficile ; elle demande l’aide du juge, client du bar. Elle devient son chauffeur ; tous deux découvrent des univers bien différents.

 

 

Dans ce roman d'initiation, Murielle Magellan (N’oublie pas les oiseaux, NB avril 2014) compare deux milieux dissemblables où l’on se cogne, bien sûr, à bon nombre de murs invisibles, mais des pistes se présentent, des occasions sont saisies… L’héroïne est très sympathique, énergique, à la fois rêveuse et réaliste, qui découvre le monde dès sa colère passée. Le style est agréable, la ville un arrière-plan discret.  La nature accompagne les rêveries et le quotidien cesse d’être oppressant. Une fin ouverte rend le livre encore plus tonique, en contraste avec la famille de Marie qui peu à peu, passe au second plan. (E.B. et F.L.)

 

 

 

«Doggerland»

FILHOL Elisabeth 

Ed. P.O.L

Il y a huit mille ans, une grande île s'étendait au milieu de la mer du Nord, le Doggerland. Margaret en a fait son objet d'étude. Marc aurait pu la suivre sur cette voie, mais c'est le pétrole qu'il a choisi. Il a quitté le département de géologie de St Andrews, pour une vie d'aventure sur les plateformes offshore. Vingt ans plus tard, une occasion se présente. Ils pourraient la saisir, faire le choix de se revoir. On dit que l'histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de réveiller d'anciens volcans, de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

Janvier 2019

«Olga»

SCHLINK Bernhard 

Ed. Gallimard

Poméranie, fin XIXe. Un amour très fort unit Olga, orpheline recueillie par sa grand-mère, au fils d’un riche voisin. Ils sont la plupart du temps séparés car Herbert ne rêve que conquêtes militaires et expéditions. Attiré par les grands espaces, il se lance dans la conquête du pôle Nord d’où il ne revient pas. Institutrice, Olga traverse les deux guerres mondiales et le nazisme, vivant dans le souvenir…

 

 

Cette histoire d’une femme et d’un amour – tous deux hors du commun – racontée à trois voix par le narrateur, un jeune ami de l’héroïne et l’héroïne elle-même à travers ses lettres à l’amant qui n’ont jamais atteint leur destinataire. Bernhard Schlink (La femme sur l'escalier, NB mai 2016) y dessine le magnifique portrait d’une femme forte, courageuse, déterminée, prenant en main son destin, assumant sa pauvreté, restée obstinément fidèle à un homme habité par les idées de grandeur et de puissance de la grande Allemagne chères à Bismarck et qui l’a sacrifiée à ses rêves d’aventures les plus fous. À travers la lecture des lettres, partie la plus émouvante du livre et qui réserve quelques surprises, on découvre la profondeur et l’abnégation de cette âme forte.  (J.M. et M.-N.P.)

 

 

«Ce qui nous revient»

ROYER Corinne

Ed. Actes Sud

Louisa avait dix ans quand Elena, sa mère, partie pour trois jours seulement, n’est jamais revenue. Quelques mois plus tard Nicolaï, son père, lui avoue qu’Elena, porteuse d’un enfant trisomique, était allée se faire avorter. À vingt-six ans, Louisa prépare une thèse en médecine sur la mise en évidence d’un chromosome surnuméraire dans le syndrome de Down. La rencontre avec Marthe Gautier, « la découvreuse dépossédée » de la trisomie 21, sera un déclencheur de révélations, d’émotions et de partage pour les deux femmes.

 

 

Corinne Royer (Et leurs baisers au loin les suivent, NB mars 2016) associe dans cette fiction un émouvant récit familial à la controverse historique liée à la découverte de la trisomie 21 en 1958. Elle rétablit Marthe Gautier ainsi que toutes les femmes scientifiques volées de leurs découvertes, à leur juste place. Travaillé dans sa construction – alternance des époques et des voix des protagonistes, pensées et poèmes en italique – et dans son écriture originale, presque trop riche parfois, ce roman évoque avec force et délicatesse la science, la conscience, la dépossession, la résilience, la persévérance, et le courage féminins. (L.C. et A.Le.

 

 

«Sérotonine»

HOUELLEBEQ Michel 

Ed. Flammarion

Fin des années 2010. Florent-Claude, ingénieur agronome de quarante-six ans ne supporte plus sa compagne japonaise, son travail au ministère, ni même sa vie. Il part sans laisser d'adresse et s'installe dans un hôtel du XIIIe arrondissement de Paris. Aux deux béquilles que représentent l'alcool et la nicotine s'ajoute le Captorix, un antidépresseur susceptible d'augmenter le taux de sérotonine, l'hormone de l'estime de soi. Las, son état empire. À la veille de Noël, il part en Normandie pour d'ultimes retrouvailles avec Aymeric, son meilleur ami, et sur les traces de Camille, son grand amour.

 

 

Une fois encore, Michel Houellebecq (Soumission, NB mars 2015) semble en phase avec l'actualité. Il réussit à résumer, à sa manière, l'histoire de notre pays depuis vingt ans. Son anti-héros, dépressif, obsédé sexuel (tiens donc ?), dresse le triste panorama d'un Occident déshumanisé et déstructuré ou tous les travers de notre société sont disséqués La plume élégante et parfaitement maîtrisée, le ton faussement naïf, souvent ironique, quelquefois désopilant, signent ce roman de la déréliction, de la fuite où l’auteur poursuit son passé et présente un avenir dans lequel il ne s’inscrit pas.  (A.-C.C.-M. et A.C.)

 

 

«Femme qui court»

De CORTANZE Gérard

Ed. Albin Michel

Violette Morris passe ses années d’enfance dans une pension, loin de sa famille qui l’ignore totalement. Grâce à une professeure, elle s’adonne au sport de compétition. Victime d’un viol mais portée par la rage de vaincre, elle remporte des succès prestigieux en athlétisme, au football et en boxe. Elle s’engage comme ambulancière pendant la Grande Guerre, assume son homosexualité, cherche éperdument l’amour jusqu’au risque de se perdre.

 

 

Gérard de Cortanze (Laisse tomber les filles, NB mars 2018) complète son cycle de biographies historiques en narrant avec minutie l’histoire tragique d’une athlète française à la réputation sulfureuse. Violette Morris choisit la compétition à une époque où la pratique intensive du sport était jugée indécente pour des jeunes filles que la société vouait à la maternité. Ses victoires aux Jeux Olympiques, ses innombrables succès dans de nombreuses disciplines ne seront jamais salués à leur juste valeur par une presse qui prend plaisir à la dénigrer. L’auteur s’attache à réhabiliter une héroïne, victime d’un ignoble chantage pendant l’Occupation. Une biographie romancée, rigoureuse, peut-être trop fouillée, mais qui nous en apprend beaucoup sur les combats féministes, au XXe siècle. Cette femme qui court a été une femme aux abois. (A.K. et A.Be.)

 

 

«Nous n’étions rien»

THIEN Madeleine 

Ed. Phébus

À Vancouver, en 1991, une fillette de 10 ans, Marie, et sa mère accueillent chez elles Ai-Ming, une jeune femme fuyant la Chine après la répression des manifestations de la place Tian'anmen. En discutant avec elle, Marie se rend compte des liens qui unissent sa famille, qui a émigré de Chine au Canada à la fin des années soixante-dix, à la sienne. Elle découvre surtout un père qu’elle n’a presque pas connu, sa jeunesse au moment de la Révolution Culturelle, son amour de la musique, sa soif de liberté… Cinquième roman de Madeleine Thien, née en 1974, grande saga familiale et roman total, Nous qui n’étions rien a valu une reconnaissance internationale à son auteure. Il est en cours de traduction dans le monde entier.

 

 

«Le dernier fleuve»

FRAPPAT Hélène 

Ed. Actes Sud

Deux jeunes frères, sortis de nulle part, cheminent depuis des semaines l’un portant l’autre sur son dos. Ils abordent les rives d’un fleuve immense. Épuisés, ils découvrent une grange en ruine où ils s’endorment, l’aîné Mo chantant au petit Jo une étrange comptine. Au matin, ils repartent et vont faire des rencontres extraordinaires, une enfant poisson, une sorcière sur une île magique, une famille gorgone, des êtres cachés dans des grottes, et dans une maison sur pilotis, une jeune mère, Dina, qui leur apprend à lire. 

 

 

Ce dernier ouvrage d’Hélène Frappat (Lady Hunt, NB octobre 2013) est le récit de l’épopée de deux jeunes enfants aux origines mystérieuses, happés par un fleuve immense qui guide leurs pas. C’est à la fois un roman d’aventure initiatique et une fable chimérique, parfois cauchemardesque, où l’on retrouve les thèmes de l’enfance, de l’innocence, de l’écologie, de la fin du monde. Ce conte inquiétant séduit par son étrangeté poétique. Et toujours cette eau, ample et mouvante, qui conduit à la mer en emportant tout sur son passage, est une belle allégorie de la vie qui passe.  (C.R.-G. et B.T.)

 

 

«Un bref désir d’éternité»

LE PÊCHEUR Didier  

Ed. JC Lattés

Paris, 1892. Alors que la capitale est en proie à une vague d’attentats et que la police recherche activement l'anarchiste Ravachol, un garçon de café, Jules Lhérot, le reconnaît parmi ses clients et rend possible son arrestation. Érigé en héros par une presse qui est en train de découvrir que la peur fait vendre, Jules devient aussitôt, pour les anarchistes épris de vengeance, l’ennemi à abattre.
De son côté, la jeune Zélie, fille d’ouvrier prompte à frayer avec les marlous et bien décidée à vendre son corps pour se faire une place dans le monde, s’enfuit de la maison de correction où elle a été enfermée. C’est alors qu’elle rencontre Jules, qui tombe éperdument amoureux d’elle...
Il deviendra policier, elle prostituée. Leurs routes croiseront celles du commissaire Raynaud l’humaniste, de Bolivar le flic aux mœurs dévoyées, de Milo l’Apache, de Lefeu le journaliste sans scrupule, ou encore de Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse tiraillée entre sa vie bourgeoise et ses désirs. Mais il aura beau perdre ses idéaux, jamais Jules n’oubliera Zélie...
Dans cette fresque saisissante où les trajectoires personnelles rencontrent la grande Histoire, Didier Le Pêcheur nous entraîne au cœur d’un Paris âpre et sulfureux, des beaux quartiers aux bas-fonds où règnent les insoumis, dans un monde où chacun a quelque chose à cacher, et où la survie des uns se paie de la souffrance des autres.

 

 

«Orange amère»

PATCHETT Ann

Ed. Actes Sud

Bret, juriste, père de quatre enfants, se rend, sans y être invité, chez Fix, un policier qui fête le baptême de sa deuxième fille. Il croise la ravissante Beverly, l’épouse du policier, dont il s’éprend. Les divorce et remariage des deux couples conduisent les six demi-frères et soeurs à des allées et venues entre les deux familles, une coexistence semée de chamailleries et de bons moments, tous unis par la haine de leurs parents.

 

 

Pour raconter cette histoire de familles recomposées, plutôt banale de nos jours, l'auteur dévoile progressivement, par des allers-retours, les aventures qui ponctuent, sur des décennies, la vie des membres de cette famille disséminée. Les événements sont laissés parfois en suspens, allant jusqu'à désorienter le lecteur qui cherche un fil conducteur pour les relier tous. Elle s’attache davantage à quelques protagonistes qui jouent un rôle plus déterminant dans les soubresauts de cette saga familiale, et essaie de pimenter le récit par l'introduction d'un romancier qui connaît un grand succès en publiant « Orange amère », dont le contenu est celui du roman d’Ann Patchett. Un intérêt limité pour ces existences diverses contées un peu longuement dans un style sans relief. (P.B. et F.L.)

Décembre 2018

«L’été des quatre rois»

PASCAL Camille 

Ed. Plon

25 juillet 1830. Charles X, connu pour son conservatisme et sa sottise, promulgue, sous la dictée de son premier ministre Polignac, cinq ordonnances visant à rétablir l’absolutisme royal. La réaction ne se fait pas attendre, les Parisiens se soulèvent, mais, si d’aucuns rêvent de république, les bourgeois reprennent la main et contactent le cousin régicide, Louis-Philippe d’Orléans.

 

 

Camille Pascal, historien chevronné (Ainsi, Dieu choisit la France : la véritable histoire de la fille aînée de l’Église, NB janvier-février 2017) a privilégié, avec bonheur, la forme romanesque pour raconter la révolution de Juillet. Dans de petites saynètes piquantes, qui s’égrènent au jour le jour – de ce fatal 25 juillet au 16 août, date du départ pour l’exil de la famille royale –, l’auteur met en scène faits et protagonistes sans jamais fatiguer ni lasser. Outre les acteurs royaux et leur entourage, on y rencontre le bon peuple de France, révolté à la ville, plus soumis dans les campagnes, et tous les manoeuvriers qui intriguent, du roué Talleyrand au réaliste Thiers. On y croise aussi quelques sommités littéraires : Stendhal, Vigny, Hugo. Portraits rapides et incisifs que magnifie une plume grand siècle d’une élégance raffinée, imprégnée de culture et pimentée de gaillardises. Vivent les rois de Camille Pascal ! (L.K.)

 

«La neuvième heure»

McDERMOT Alice 

Trad. de l' anglais par Cécile Arnaud.

Ed. La table ronde

Sur le chemin du retour à son couvent de Brooklyn, soeur Saint-Sauveur, malgré sa fatigue, entre dans un petit immeuble, attirée par un attroupement. Elle comprend vite qu’un homme s’est asphyxié, provoquant un début d’incendie... Son autorité lui permet de gérer le drame : elle prend en charge la jeune femme, enceinte de quatre mois, qui vient de perdre son mari... Avec d’autres soeurs du couvent, elle s’occupe de l’enterrement, du nettoyage de l’appartement sinistré, puis de l’accouchement, et assure un emploi à la veuve...

 

 

On retrouve le talent puissamment évocateur de l’auteur (Someone, NB novembre 2015) qui décrit ici une communauté de religieuses soignantes et cerne subtilement la personnalité de certaines d’entre elles, allant jusqu’à sonder leurs sentiments les plus profonds, dans un style précis et fluide. La trame de l’histoire est simple : c’est le développement d’une enfant sans père, élevée dans le milieu confiné d’un couvent de femmes et attirée inévitablement vers une vocation religieuse, qu’un voyage en train suffira à décourager ; mais la construction habile réserve des surprises. L’empathie de l’auteur pour ses personnages est flagrante et, même si le sujet peut rebuter certains, la finesse de l’analyse en fait un roman instructif et léger. (A.L. et L.G.)

 

 

«Le Grand Nord Ouest»

GARAT Anne-Marie

Ed. Actes Sud

Santa Monica, fin des années trente. Jessie Campbell fête ses six ans. Son père Oswald célèbre son anniversaire sur la plage. Mais quand son cadavre s’échoue sur le sable, la confusion s’installe… Jessie raconte l’étrange randonnée où l’entraîne aussitôt Lorna, seconde épouse de son père, jusqu’à la province canadienne du Yukon. La rencontre avec un couple d’Amérindiens donnera-t-elle à Lorna les réponses aux questions qu’elle se pose sur son passé ? Et comment Jessie va-t-elle traverser les sombres années qui s’annoncent ?

 

 

Les intrigues imaginées par Anne-Marie Garat (La source, NB novembre 2015) sont souvent prétexte à aborder des problèmes historiques de société. Au-delà de descriptions lyriques des paysages et de la faune du Yukon, elle évoque, sans indulgence et avec finesse, les politiques postcoloniales anti-amérindiennes, aux États-Unis comme au Canada, ainsi que les dommages infligés à une nature fragile par le cynisme et la corruption des décideurs de l’époque. L’absence de repères chronologiques précis, des personnages parfois difficiles à situer dans le temps et l’espace sont heureusement compensés par les fréquentes digressions poétiques de l’enfant sur la particularité de ces régions retirées, où un lecteur peu pressé sera séduit par la musique des mots d’une langue riche et imagée. (D.A. et A.Lec.)

 

 

« La carte du souvenir et de l’espoir»

ZEYNAB JOUKHADAR Jennifer 

Ed. Les Escales

Au décès de son père, Nour, douze ans, quitte avec regret son Manhattan natal pour s’installer en Syrie avec sa maman et ses soeurs. Les bombardements de 2011 sur Homs les propulsent sur les routes où elles croiseront de nombreux autres migrants. Se remémorer son conte fétiche et déchiffrer les cartes dessinées par sa mère l’aident à supporter cette débâcle.

 

 

Pour relater cet exode des temps modernes, la jeune romancière américano-syrienne Jennifer Zeynab Joukhadar choisit une narratrice au seuil du monde adulte, encore capable de rêve et d’optimisme. Son vocabulaire simple et ses propos incrédules créent le décalage avec la réalité. Les aventures rocambolesques d’une adolescente au service d’un cartographe du XIIe siècle se juxtaposent au quotidien effroyable des réfugiés. La fantaisie, la poésie, le charme et l’érudition de la fable médiéviste atténuent la violence et la cruauté de l’exode de cette famille en déroute. La carte physique ou intérieure se veut être le lien entre les personnages. Un premier roman trop ambitieux, bien que consolidé par un indéniable travail de recherche sur l’histoire et la géographie du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. (S.D. et S.L.)

 

«Le cœur converti»

HERTMANS Stefan

Ed. Gallimard

En 1092, à Rouen, Vigdis, jeune Normande de noble lignée, s’éprend d’un Juif, David, et s’enfuit avec lui. Après Narbonne, ils se réfugient à Monieux, village de Haute-Provence. Lors d’un massacre perpétré par des Croisés, David est tué… De nos jours, à Monieux, réside un écrivain. À partir de fragments retrouvés, il imagine la vie de cette jeune femme prénommée Hamoutal après sa conversion au judaïsme et raconte. Il suit le parcours plausible d'Hamoutal et retrouve sa trace jusqu’au Caire.

 

 

À Monieux, Stephan Hertmans (Comme au premier jour, NB août-septembre 2003) a trouvé les indices d’une histoire vieille de presque mille ans. Il en a tissé deux récits qu’il a entremêlés, celui du parcours de son personnage magnifiquement rendu de façon romanesque et tragique, et celui de ses investigations personnelles sur les traces supposées de son héroïne. Ces liens tissés entre passé et présent sont le suc et l’originalité de ce roman. La géographie, le climat, la végétation, donnent vie à son personnage. Le récit est fort bien agencé dans une langue belle et colorée qui se lit avec plaisir et on est emporté par cette mise en scène inédite. (J.M. et B.Bo.)

 

« Je voudrai que la nuit me prenne»

DESESQUELLES Isabelle

Ed. Belfond

Élève de son père instituteur en Aveyron, Clémence a huit ans. Ses parents à la relation fusionnelle déposent l’enfant dans une bulle d’amour lumineux et total ; s’y glissent une grand-mère très présente, un ami cher, l’observation quotidienne de la nature et des vacances à la mer. Un jour, cette enfance tendre et protégée s’engloutit avec Clémence. Débute l’absence…

 

 

Clémence raconte son histoire. On entend les souvenirs d’un bonheur lisse et intense, ponctués de regards si matures renvoyés d’un inadmissible au-delà (« d’outre-enfance »), d’un futur énigmatique (tout comme le titre du roman) où l’héroïne se redessine. Avec une grande habileté de construction, la grâce d’une écriture poétique aux images subtiles, originales, l’auteur (Les hommes meurent, les femmes vieillissent, NB septembre 2014) situe la narratrice dans une temporalité fluctuante, mystérieuse, ressentie par le lecteur : où est Clémence ? Le drame se devine, entraînant l’impossibilité du deuil, l’envahissante présence de l’absence. Et dans le monde des vivants – celui du désir, de la sexualité, d’une jeunesse éternelle convoitée – seul le bonheur de l’instant parfait, source de toute richesse, mérite mémoire. Un très beau roman intimiste, poignant, profond. (A.C. et B.T.)

 

« Maîtres et esclaves»

GREVEILLAC Paul

Ed. Gallimard

Sichuan, au bord du Yang-Tsé, années cinquante. Xi Yan et Yongmin ont un fils, Kewei. Elle, illettrée, besogneuse, lui rêveur, aquarelliste traditionnel, sont des « paysans moyen riches ». Kewei grandit sous Mao avec « la grande famine » et la révolution culturelle. Il a hérité du talent de Yongmin, mais, formaté par les dictats politiques, il découvre le caractère féodal, condamnable, de la peinture paternelle. Il s’applique à devenir un maître de l’art prolétaire, prend du galon maoïste, distribue bons et mauvais points aux artistes. Devenu père, les rebonds de la vie le rattrapent. 

 

 

Après Les âmes rouges (NB mars 2016), Paul Greveillac reprend le thème de la créativité asservie au pouvoir en pays totalitaire. Littéraire diplômé de sciences politiques, il livre, sur une toile de fond historique, un opus truffé de citations, documenté comme une thèse, vivant, aux protagonistes à forte densité humaine et à la psychologie travaillée. Maître et esclave du système, le héros principal, peintre doué, arriviste intrigant mais crédule, pas vraiment mauvais bougre, cible les iconoclastes contre-révolutionnaires ou déviationnistes pour les faire éliminer. Ce roman formidable, servi par une plume accomplie, éclaire subtilement plus de trois décennies chaotiques de la Chine populaire. (C.R.P. et B.Bo.)

Novembre 2018

«Taxi Curaçao » 

BRIJS Stefan  

Ed. H d’Ormesson

Au volant d’une rutilante Dodge Matador, un chauffeur de taxi fait forte impression alors que la décolonisation s’annonce et que les Néerlandais s’apprêtent à quitter Curaçao. Max, le jeune conducteur antillais, tente d’échapper à son destin avec l’aide d’un prêtre, lui-aussi originaire des Caraïbes. Sur quarante ans et trois générations sont abordés les rapports difficiles entre père et fils dans un milieu de grande misère, de violences et pour finir d’irruption de drogue dure.

 

 

C’est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire que Stephan Brijs (Courrier des tranchées, NB septembre 2015) fait raconter dans une langue simple par le frère Daniel, instituteur, puis directeur d’école et ami de la famille : il assiste impuissant à la rapide paupérisation de l’île laissée à l’abandon par les colonisateurs peu soucieux de la formation des élites locales. Corruption, mensonges, pauvreté extrême sont le lot de beaucoup jusqu’au moment où les barons de la drogue utilisent les jeunes pour exporter la cocaïne en Europe. La violence explose, pas de happy end à espérer dans ce roman noir alors que l’histoire est crédible et forte d’émotions. Cependant, le texte manque de rythme et présente trop de longueurs.  (S.D. et J.M.)

 

 

«Pleurer des rivières» 

JASPARD Alain  

Ed. H d’Ormesson

Lorsque Samy ramasse la ferraille le jour des encombrants, sa Mercedes tombe en panne et l’ami Franck confirme que le moteur est fichu. Les deux gitans conçoivent alors un vol de cuivre qui leur permettra de se remettre à flot, mais l’affaire tourne mal et ils sont déférés au tribunal. Julien, jeune avocat commis d’office, les tire d’affaire. On sympathise, on parle des femmes, on se raccompagne, on promet de se revoir…

 

 

Dans ce premier roman, le réalisateur Alain Jaspard aborde les différences sociales à travers le thème de la maternité. Le rythme vif de cette comédie dramatique est donné dès l’ouverture par une scène d’amour adolescent. L’auteur décrit avec réalisme la vie des gens du voyage confinés dans un monde inhospitalier, en opposition à l’univers aisé de l’avocat et de sa femme illustratrice. C’est justement par les femmes, devenues complices, que se trame un projet un peu fou. Tout en ménageant habilement le suspense, l’écrivain dresse de beaux portraits de couples amoureux et aborde la psychologie féminine avec délicatesse. L’écriture aussi rapide qu’imagée entraîne ce récit rocambolesque, tour à tour joyeux et cruel, vers un dénouement inattendu et une jolie réflexion sur l’amitié, l’amour et la justice. (M.R. et A.Le.)

 

 

«Roissy» 

TARVERNIER Tiffany 

Ed. S Wespieser

L’aéroport de Roissy est le cadre rassurant dans lequel elle a choisi de vivre déguisée en passagère après un traumatisme qui l’a rendue amnésique. Pour combler un vide intérieur insupportable, elle passe ses journées à explorer ce lieu où se croisent toutes les nationalités jusqu’au jour où elle rencontre Luc, un veuf inconsolable qui vient chaque jour attendre le vol Rio-Paris. Tandis que l’un tente d’oublier sa femme morte accidentellement, l’autre peine à retrouver la mémoire. 

 

 

Tiffany Tavernier (Isabelle Eberhardt, un destin dans l’islam, NB mars 2017) situe l’héroïne de son roman, écrit à la première personne, dans un univers à part, hors du temps et du monde. La narratrice égrène toutes les informations qu’elle a glanées sur les terminaux qu’elle fréquente assidûment. Gravitent autour d’elle des clandestins qui n’envisagent plus de vivre ailleurs. L’auteur restitue l’angoisse d’une femme qui s’invente de multiples identités, tout en se débattant avec des souvenirs douloureux qui affleurent peu à peu ; mais elle peine à la faire partager tant sont éclatés les lieux et les visages. En écho, l’écriture polyphonique du roman renvoie une image quelque peu inquiétante du monde moderne. (A.K. et A.Be.)

 

 

«J’ai couru vers le Nil »

EL ASWANY Alaa

Ed. Actes Sud

Le Caire, 2011. Sur la place Tahrir, Asma, une jeune enseignante, manifeste avec Mazen, un ingénieur qui devient l’amour de sa vie. Étudiants en médecine, Dania et Khaled rejoignent la foule des révolutionnaires de plus en plus nombreux. Un acteur de cinéma copte, Achraf, devient un des soutiens actifs du mouvement. Face à ces manifestants sincères se dresse le puissant appareil répressif que constitue la Sécurité d’État.

 

 

Alaa El Aswany (Automobile club d’Égypte, NB avril 2014) a choisi de narrer la lutte contre le pouvoir, représenté par le président Moubarak, par six personnages représentatifs de la société égyptienne, de l’artiste copte grand bourgeois à l’étudiant pauvre en passant par des intellectuels engagés dans la vie active, sans oublier une servante au grand coeur. Ces hommes et femmes de bonne volonté n’ont qu’une ambition : faire régner la justice et la liberté dans une société corrompue et soumise à une dictature impitoyable. L’auteur ne nous épargne aucune exaction, aucune violence, aucune humiliation, aucun témoignage accablant, dans le récit qu’il donne de la répression aveugle orchestrée par l’armée, avec la complicité très active des Frères musulmans et surtout des médias. Avec son talent de conteur, l’auteur signe un roman glaçant et nécessaire, interdit en Égypte. (A.K. et B.D.)

 

 

 

«La maison golden»

RUSHDIE Salman 

Ed. Actes Sud

anvier 2009. Le jour de l’investiture de Barack Obama, Néron Golden, richissime Indien septuagénaire, arrive à New York avec ses trois fils et s’installe dans le quartier résidentiel des « Jardins ». René, un voisin trentenaire, cinéaste documentariste débutant, s’intéresse, pour son futur film, à cette curieuse famille au passé mystérieux. Sa propre vie se mêle désormais à celle de La Maison Golden : il en découvre la complexité, la duplicité, et recueille ou imagine d’éventuelles tragédies, passées ou futures, voire actuelles. 

 

 

L’imagination foisonnante de Salman Rushdie (Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, NB novembre 2016), son immense culture littéraire et cinématographique, tant orientale qu’occidentale, sont assumées par René, le narrateur, personnage attachant et double de l’auteur, évidemment. Dépeignant la chute d’un empire, le romancier dénonce les erreurs de notre monde, fait une satire piquante de ses nouveaux modes de pensée, des querelles aussi vaines qu’infinies à propos de l’identité. Mais il reste avant tout un créateur de personnages romanesques inoubliables, complexes et attachants. À la fois conte envoûtant, roman hyperréaliste, script de film, ce livre est un récit inclassable aussi éclaté et divers que notre monde globalisé, incarné ici par les métropoles que sont New York et Bombay. (C.P. et M.-C.A.)

 

 

«L’irrésistible histoire du café Mirtille» 

SIMSES Mary 

Ed. Nil

À New York, Ellen, ravissante avocate trentenaire, promet à Ruth, sa grand-mère mourante, de porter une lettre en main propre à son premier amour. Elle part avec l’enveloppe pour leur ville natale : Beacon dans le Maine. Lors d’un repérage, elle fait un faux pas et tombe à l’eau. Transie, choquée, elle embrasse fougueusement celui qui l’a sauvée de la noyade. Mais elle n'en parle pas à son fiancé, un brillant New-Yorkais. 

 

 

Mary Simses, avocate en Floride, décrit dans son premier roman une certaine jeunesse de la côte est : élégante, aisée mais prétentieuse et sûre d’elle. Elle la compare au milieu simple, plus naturel, d’une petite ville de province, celui de la jeunesse de la vieille dame avec sa cuisine pleine d’odeurs et de couleurs. Là-bas, toutes les pistes ramènent Ellen à son charmant sauveteur. Elle se sent attirée mais se raisonne, aime trop New York et sa carrière pour vivre ailleurs. Son existence bien planifiée pourrait voler en éclat. Cependant elle se sent soutenue et pense que Ruth l’encouragerait à prendre sa vie en main. Humour, écriture agréable et imagée, personnages attachants font de cette lecture un vrai moment de bonheur.   (M.-P.R. et V.M.)

 

 

 

«Federica Ber» 

GREENE Mark 

Ed. Grasset

En lisant son journal, un homme est attiré par un fait divers survenu en Italie : la chute mortelle dans les Dolomites d’un couple d’architectes brillants, retrouvés attachés l’un à l’autre. Federica Bersigliari, une randonneuse remarquée en leur compagnie, est soupçonnée mais reste introuvable. Ce nom lui rappelle la jeune femme, rencontrée à Paris vingt ans plus tôt, qui l’avait entraîné, avant de disparaître, dans une fête de quelques jours sur les toits, sous les étoiles, aux terrasses des cafés, dans les squares… Certain qu’il s’agit de la même personne, il imagine le rôle qu’elle a joué auprès du couple disparu.

 

 

L’auteur (45 tours, NB juin 2016) construit un récit mêlant les souvenirs d’une aventure amoureuse fulgurante et le déroulement hypothétique des événements conduisant au drame. L’enjeu est double pour le narrateur dont on sait seulement qu’il est un enseignant frustré de n’avoir pas été écrivain : faire renaître par l’écriture son amour perdu et donner chair à cette femme libre, singulière et secrète, qui semble pouvoir faire jaillir spontanément un supplément d’âme chez ceux qu’elle approche et côtoie. Les fils, entre passé lointain et invention romanesque, se croisent avec habileté. L’histoire, au suspense maintenu, est toute de grâce tissée.  (P.H. et B.T.)

Septembre 2018

« A son image »

FERRARI, Jérôme       

Actes Sud

Antonia est corse. Dès sa prime jeunesse la photo l’intéresse. Son parrain qui est aussi son oncle lui offre son premier appareil. Grâce à la confiance et l’affection qu’ils ont l’un pour l’autre, elle progresse et parvient, malgré les réticences de ses parents, à en faire son métier. Bientôt, les événements violents des années quatre-vingt-dix, tant sur l’île qu’en Europe centrale, modifient en profondeur sa perception de la vie.

 

 

Antonia n’est pas une esthète, c’est une jeune femme pleine de curiosité et de passion lucide pour l’humain. Une interrogation sous-tend sa courte vie : capter ou non l’instant, un visage, une scène, les fixer sur papier, pourquoi ? Et surtout pour qui ? Derrière ce questionnement persistant se déploie une recherche obstinée de sens. Dans ses reportages, elle se sent tiraillée entre l’absurdité des attentats, de la guerre avec leur cortège d’atrocités gratuites, d’apathie peureuse, et la vacuité des rites familiaux, baptêmes, mariages, dans une société dont elle est pourtant proche. D’admirables pages de réflexion sur la nécessité de l’image émaillent ce trop bref roman. L’auteur (Il se passe quelque chose, NB juin 2017) les écrit au rythme poignant de l’office des morts, murmuré par les survivants éplorés de cet immense gâchis. (A.Lec. et B.T.)

 

 

«Leurs enfants après eux»

MATHIEU, Nicolas 

 Actes Sud

 

Anthony a quatorze ans lorsqu'avec un cousin, ils volent un canoë pour aller voir la plage des « culs nus » où il fera la connaissance de Stéphanie. Hacine, Clémence et d'autres adolescents désoeuvrés se retrouvent à Heillange dans l’est sinistré, sur la plage, au camping, ou au bar. Les parents sont présents et entourent leurs enfants, mais quand arrive l'année du bac, chacun pense à faire sa vie autrement et ailleurs.

 

 

 

Nicolas Mathieu, jeune écrivain vosgien, fait vivre durant quatre étés entre 1992 et 1998, année de la Coupe du monde de football, ses héros d'origines différentes, enfants d'élus plus aisés, maghrébins, ou fils d'ouvriers. Ils traînent entre drogue, alcool, sexe et émois sentimentaux, tentent de s’en sortir dans ce monde gris qui se meurt, où les adultes sombrent ou survivent. Ils voudraient éviter de mener la vie malgré tout rangée des générations précédentes entre zone pavillonnaire et hauts fourneaux délabrés. Le style est adapté au langage des jeunes, rythmé, percutant. Le mal de vivre adolescent, rendu avec justesse et sensibilité, est cependant un peu étouffé par une narration longue et répétitive. (C.M. et A.Le.)

 

 

«Le paradoxe d’Anderson » 

MANOUKIAN, Pascal       

Seuil

 

L’Oise d’aujourd’hui. Christophe est contremaître dans une usine de bouteilles en verre, Aline ouvrière dans une fabrique de chaussettes. Deux enfants : Léa qui prépare un bac économique et social, et Mathis. Une famille heureuse… Plus pour longtemps. Aline est licenciée : la moitié des postes sont supprimés. L’usine de Christophe risquant d’être délocalisée, le personnel entame une grève dure. La maison d’en face, saisie par les banques, est achetée par un couple aisé dont le fils se lie avec Léa à qui ses parents cachent la vérité…

 

 

Pascal Manoukian, journaliste, auteur de romans (Le fruit de la patience, NB mai 1983), illustre concrètement des concepts socio-économiques : la théorie enseignée rejoint la réalité. La concurrence ferme des usines où la main-d’oeuvre locale, bien que payée au SMIC, est trop coûteuse. Mondialisation, rentabilité financière, destruction créatrice, obsolescence des compétences, déclassement (paradoxe d’Anderson) désertification de régions ouvrières, chômage, surendettement, syndicalisme impuissant… s’inscrivent dans le quotidien d’une famille qui tente désespérément de survivre. L’effritement des espoirs de ceux qui ont travaillé dur et rêvé un avenir meilleur pour leurs enfants est décrit avec sensibilité ou colère. Un livre engagé, parfois manichéen et caricatural, émouvant néanmoins.  (L.G. et A.C.)

        

 

«Cette maison est la tienne»

FARHEEN MIRZA, Fatima     

 Calmann-Lévy

 

Avant-hier soir, elle n’avait encore jamais  entendu parler de ces taches qui s’amoncellent  comme la poussière sur le coeur.  Et si ne pas porter le foulard valait une tache,  est-ce qu’une nouvelle se formerait chaque fois  qu’elle déciderait de rester tête nue ?
 

Hadia, Huda et leur petit frère Amar ont grandi  sous le même toit californien, tiraillés entre rêve américain  et traditions chiites de leurs parents nés en Inde.

Le mariage d’Hadia est l’occasion pour les deux soeurs  de revoir Amar, disparu depuis trois ans. Grâce à l’exploration  de leurs souvenirs d’enfance, parfois tendres, souvent  douloureux, se dessine une fresque familiale bouleversante  où chaque enfant se joue des interdits pour tenter de grandir  librement dans son corps, et dans son coeur.

 

 

«Concours pour le paradis»

RENUCCI, Clélia 

 Albin Michel

 

Venise, le 20 décembre 1577 : le palais des Doges est en flammes. Bientôt l’assemblée des conseillers se réunit pour rédiger, non sans mal, le programme d’un concours prestigieux : il faut refaire un nouveau « Paradis » dans la salle du Grand Conseil. Qui, de Palma le Jeune, Véronèse, Le Tintoret ou Francesco Bassano – rivalités et coups bas ne vont pas manquer – l’emportera ? En 1592, vingt-huit ans plus tard, après moult rebondissements et un travail titanesque, l’atelier du Tintoret dévoile un Paradis immédiatement adopté par le jury. 

 

 

Ce roman bien documenté restitue habilement le contexte politico-religieux, quelques années après le Concile de Trente, des rivalités entre Rome et Venise, des querelles entre les « Vecchi », conservateurs et papistes, et les « Giovanni », réformistes opposés aux thèses des jésuites. L’Inquisition s’en mêle, bien sûr. Le lecteur, particulièrement l’amateur d’histoire de l’art, apprendra les particularités de la peinture vénitienne à la Renaissance. Tout comme il appréciera la représentation et la lecture symbolique des Écritures, la personnalité et le génie des peintres, leurs moyens techniques et le mode de fonctionnement des ateliers. Écriture classique et lecture agréable, car l’auteur n’a pas non plus négligé les ressorts romanesques.  (D.D. et M.-C.A.)

 

 

«Chien-loup»

JONCOUR, Serge       

Flammarion

 

L'idée de passer tout l'été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L'annonce parlait d'un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n'habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s'est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu'on avait apprivoisée aussi bien qu'un animal de compagnie, n'avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s'entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c'était en arrivant. Serge Joncour raconte l'histoire, à un siècle de distance, d'un village du Lot, et c'est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu'il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées, comme un chien-loup.

 

 

«La saison des fleurs de flamme »

ABUBAKAR ADAM, Ibrahim

L’Observatoire

 

Binta naît à cinquante-cinq ans le jour où un voyou escalade sa clôture et atterrit dans le marasme de son coeur. Veuve depuis une dizaine d’années, elle mène une vie respectable à Abuja, capitale du Nigeria, avec Fa’iza sa nièce orpheline et Ummi sa petite-fille. Reza, chef de gang, son cadet de trente ans, est au service d’un sénateur de vile condition, candidat aux élections. L’un et l’autre découvrent l’amour…

 

 

 

Ce premier roman d’un journaliste fait une peinture sans concession de la société nigériane avec ses tabous et la place négligeable donnée aux femmes. Dans le Nord conservateur du pays, à majorité musulmane et polygame, l’héroïne découvre le désir et s’y plonge au mépris de toutes les règles auxquelles elle s’est jusque-là scrupuleusement tenue. L’auteur excelle à peindre un pays haut en couleurs et riche en parfums, avec ses contradictions, ses injustices, sa violence et sa corruption, mais aussi ses tendresses et ses beautés. Tous les personnages sont croqués avec humour et sensibilité. Entremêlant, avec adresse, passé et présent, ce récit savoureux ne se lâche pas. (C.P. et F.L.)

 

 

«Les bracassées»

ROGER, Marie-Sabine         

Rouergue  2

 

Fleur et Harmonie ont des prénoms un peu... trompeurs. Harmonie est jeune, nerveuse, sensible. Elle est affligée d'un syndrome pénible, et se collète résolument avec une vie qui ne lui fait pas de cadeaux. Fleur est âgée, obèse, pétrie d'angoisses, de manies. Elle vit seule avec son chien Mylord et son armoire à pharmacie. Elle se méfie de tout le monde, sauf de son thérapeute, le cher docteur Borodine. Autour d'elles, Elvire, Tonton, le merveilleux Monsieur Poussin. Autant de personnages singuliers, touchants et drôles. Rien n'aurait dû les rassembler, si ce n'est leur étrangeté et le fait que la société fait d'eux des inclassables, incapables, déclassés, bras cassés. Dans ce roman, il y a de la musique russe, un petit chien en surpoids, des gens un peu fêlés, des monstres improbables, de très beaux portraits en noir et blanc, de la traîtrise et du drame, et - ce n'est pas du luxe - un peu de tolérance.