Littérature Adulte 2021-2022

Janvier 2022

 

 

 

«UNE HISTOIRE DE GENES»

Sophie BRUGEILLE

Ed.Flammarion

 

Journaliste, Sophie, mariée à un Sicilien de dix-huit ans son aîné, est mère de deux garçons. Son premier fils, curieux de découvrir ses origines, demande pour son anniversaire un test ADN. Envoyé et décrypté aux États-Unis – puisqu’en France cette démarche est interdite. Et la bombe éclate : le père de Sophie n’est pas son géniteur. Sophie questionne alors sa mère avec qui elle a des relations difficiles et fait des recherches. Ce secret la ronge…

Ce récit est autobiographique et le sujet est banal : officiellement, cinq pour cent des enfants seraient issus d’un adultère. Autrefois cette filiation était généralement cachée pour sauvegarder l’image sociale de la famille. Aujourd’hui la science donne accès à des informations irréfutables. L’intérêt de ce petit livre est dans l’interrogation anxieuse de la narratrice assaillie par les souvenirs. Faut-il crever l’abcès ou se taire, et mentir encore pour préserver un couple âgé qui s’accommode d’un passé tourmenté, et surtout, protéger un père dont elle se sent très proche en dépit de leurs différences ? La jeune femme écartelée fait un choix hasardeux mais conforme à son tempérament fonceur, et à notre époque soucieuse de transparence. En courts chapitres fluides, une réflexion à fleur de peau sur la notion de secret. (L.G. et F.L.)

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«ANÉANTIR»

Michel HOUELLEBECQ

Ed.Flammarion

 

Fin 2027. Paul Raison, la cinquantaine, est un haut fonctionnaire, confident du ministre de l’Économie, un certain Bruno Juge, qu’il admire et soutient dans la campagne présidentielle qui se prépare. Des attaques informatiques répétées, avec des messages cryptés et une vidéo de décapitation virtuelle, sèment le trouble et alertent la DGSI. Paul apprend que son père, un ancien des services secrets, vient d’être victime d’un AVC. Le voici contraint de renouer avec sa sœur et son frère, tandis que le couple qu’il forme avec une énarque se délite.

Michel Houellebeck (Sérotonine, Les Notes janvier 2019) met en place l’intrigue d’un thriller sur le pouvoir de groupes extrémistes qui programment l’anéantissement de l’Occident et que les services secrets peinent à démasquer. Il laisse vite l’enquête en suspens pour nous livrer, à travers l’introspection de son « héros », une méditation sur l’état de la France, la vie politique, le « néant relationnel », la solitude extrême de l’homme postmoderne plus perceptible encore quand il est confronté au divorce ou à la fin de vie. Houellebeck aurait-il été touché par la grâce dans cet opus riche en références à Pascal ? Son héros, volontiers cynique, s’ouvre à la spiritualité en découvrant l’empathie et la compassion chez ses proches. L’écriture de ce roman fourre-tout, parfois négligée mais tellement enveloppante, procure un grand plaisir de lecture. (A.K. et C.-M.T.)

«LA DECISION»

TUIL Karine

Ed. Gallimard

Après les attentats du 11 septembre, Alma, juge d’instruction de quarante-neuf ans, mariée à un écrivain sur le déclin et mère de trois enfants, intègre le pôle antiterroriste du Parquet de Paris et en devient la coordinatrice. En pleine crise personnelle, elle instruit le procès d’un couple suspecté d’avoir prêté allégeance à l’État Islamique. En secret, elle entretient une liaison avec un avocat qui les représente et prend une décision qui va bouleverser sa vie…

Karine Tuil (Les choses humaines, Les Notes septembre 2019) s’empare à nouveau d’un sujet de société et nous immerge dans le quotidien d’une juge d’instruction charismatique qui a deux passions : son métier et ses enfants. Dans ce roman très renseigné sur le plan juridique, percutant et résilient, nous partageons l’intimité d’une femme complexe et courageuse, habitée de convictions, qui porte seule la responsabilité d’une décision qui aura de dramatiques conséquences non seulement sur tous les acteurs du procès mais aussi sur son entourage proche et sur bien d’autres personnes encore. Rongée par la culpabilité et le doute, brisée, elle assume dignement cette situation, songe au suicide et trouve une troisième voie. Sans surprise, l’histoire nous met pourtant sous tension car cette plongée dans la bulle antiterroriste est captivante et implique le lecteur de manière intelligente et efficace. (R.C.G. et M.-N.P.)

«LIBERATA»

REITANO, GAIL

Ed. Anne Carrière

Pendant la Grande Dépression, dans une petite ville du New jersey, une fille d'immigrants italiens, Marie Genovese, lutte pour son autonomie et sa liberté. Ses bons à rien de frères sont tentés par le parti fasciste américain et ne jurent plus que par Mussolini. Marie préférerait qu'ils s'intéressent un peu moins à la politique et l'aident un peu plus à la pâtisserie que leur a léguée leur mère et qui est au bord de la ruine. Pour ne rien arranger, elle est amoureuse d'un homme qui n'est pas de sa condition. Elle n'a aucune aspiration conjugale et se contenterait d'un peu de bonheur dans sa vie, mais cela aussi, c'est un vœu dangereusement moderne pour une femme de son époque. Marie ne peut compter que sur elle-même... et peut-être sur la recette d'un gâteau de ses ancêtres.

 

«PORCA MISERA»

Tonino BENACQUISTA 

Ed. Gallimard

 

Tonino Benacquista est un écrivain et scénariste français 

Né en 1961 en banlieue parisienne, à choisy-le roi, Tonino Benacquista a grandi dans une famille d'émigrés italiens. Aujourd'hui, il partage son activité d'écrivain entre les romans, les nouvelles, le théâtre et le cinéma (le film Sur mes lèvres lui a valu le César du meilleur scénario). Sans oublier la bande dessinée : Jacques Ferrandez a adapté l'une de ses nouvelles (La Boîte noire, éd. Futuropolis) et mis en images L'Outremangeur (éd. Casterman), récemment transposé au cinéma. Il est l’auteur du roman  Saga (Grand prix des lectrices de Elle), Quelqu’un d’autre (Grand prix RTL-Lire), MalavitaMalavita encore et Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une.

 

Résumé :

 

Pour la première fois, Tonino Benaquista sort de la fiction pour écrire un récit très personnel qui commence par un aveu : jamais il n'a vu son père à jeun. Le récit n’est pas linéaire. Benaquista revient beaucoup sur les portraits de son père, alcoolique, et de sa mère, dépressive, et sur ses souvenirs d'enfance et d'adolescence où il était rétif à la lecture, à quelques exceptions près, mais terriblement attiré par l'écriture. L'enfance a une importance capitale dans cette biographie volontairement incomplète.  L’auteur est très attaché à ses  racines, cette Italie d'où viennent ses parents et où ses frères et sœurs sont nés, mais pas lui, un enfant tardif qui a vu le jour à Choisy-le-Roi en 1961- Un livre touchant qui nous permet de mieux cerner et comprendre l'auteur, et réaliser son attachement pour l’écriture et la France. L'auteur raconte beaucoup sur lui et ses proches, dans un désordre qui n'est qu'apparent et qui dit l'essentiel sur sa construction en tant qu'écrivain et sur ses failles comme être humain. Et puis, dans les dernières pages, Tonino Benacquista qui a beaucoup souffert de son manque de relation avec son père ne peut s'empêcher d'imaginer d'autres destins plus positifs pour sa famille, comme si la fiction, finalement, reprenait la main sur la réalité

 

Un livre attachant et sincère, souvent drôle et pittoresque, même pour décrire l'absence de communication entre un fils et ses parents, sa quête d'identité ou, plus tard, sa période d’agoraphobie.

 

«NUMÉRO DEUX»

David FOENKINOS

Ed. Gallimard

 

 

En 1999 débutait à Londres le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre. Des centaines d'acteurs furent auditionnés. Finalement, il n'en resta plus que deux. Ce roman raconte l'histoire de  Martin Hill , celui qui n'a pas été choisi.

 

Martin Hill a dix ans en 1999 lorsque ses parents divorcent ; sa mère journaliste rentre à Paris et Martin reste à Londres avec son père qui est accessoiriste sur les plateaux de cinéma, Un jour, Martin accompagne son père lors d’un tournage. Il y est repéré par le producteur qui vient de signer l’adaptation du livre d’Harry Potter de JK Rowling. Ce dernier est fasciné par l’apparence, les lunettes rondes et les cheveux en bataille du jeune garçon : pour lui c’est Harry en chair et en os ! Mais un autre garçon, Daniel Radcliffe, est aussi en compétition. Après plusieurs semaines de bouts d’essai, c’est ce dernier qui l’emporte. Avec cet échec, la vie de Martin bascule dans un cauchemar sans fin dont il ne sortira qu’en rencontrant son rival.

 

 L'idée de départ est originale et la dérive psychologique de l’enfant, puis du jeune adulte, est plutôt bien analysée : rejet de toute allusion à Harry Potter, repli sur soi-même, incapacité à mener une vie affective, sociale et professionnelle épanouie. Bref ! nous pensons très rarement à celui ou à celle qui échoue de peu Notre regard va inévitablement vers le vainqueur mais ce dernier dans les faits comment subit-il la pression extérieur due à son succès, est-il vraiment si heureux ?

A partir d’une histoire simple, presque banale, l’auteur nous offre une réflexion intéressante sur l'échec mais surtout sur la résilience. Comme dans chacun de ses romans, David Foenkinos sait instiller beaucoup d'humanité et de profondeur – Un roman bien écrit agréable à lire -

                                                                                                                                                               Novembre 2021

« Que sur toi se lamente le tigre »

MALFATTO Emilienne 

Ed. Elyzad

Prix Goncourt du premier roman

Dans l'Irak rural d'aujourd'hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l'interdit absolu : hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte : son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s'ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d'ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien porteur de la mémoire du pays et des hommes.
Inspirée par les réalités complexes de l'Irak qu'elle connaît bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l'autorité masculine et le code de l'honneur. Un premier roman fulgurant, à l'intensité d'une tragédie antique.

 

 

 

 

«  La où vivaient les gens heureux »

MAYNARD Joyce

Ed Philippe Rey

Grand prix de littérature americaine

Le grand roman de Joyce Maynard : l'histoire bouleversante d'une famille sur cinq décennies

Lorsque Eleanor, jeune artiste à succès, achète une maison dans la campagne du New Hampshire, elle cherche à oublier un passé difficile. Sa rencontre avec le séduisant Cam lui ouvre un nouvel univers, animé par la venue de trois enfants : la secrète Alison, l'optimiste Ursula et le doux Toby.
Comblée, Eleanor vit l'accomplissement d'un rêve. Très tôt laissée à elle-même par des parents indifférents, elle semble prête à tous les sacrifices pour ses enfants. Cette vie au cœur de la nature, tissée de fantaisie et d'imagination, lui offre des joies inespérées. Et si entre Cam et Eleanor la passion n'est plus aussi vibrante, ils possèdent quelque chose de plus important : leur famille. Jusqu'au jour où survient un terrible accident...
Dans ce roman bouleversant qui emporte le lecteur des années 1970 à nos jours, Joyce Maynard relie les évolutions de ses personnages à celles de la société américaine – libération sexuelle, avortement, émancipation des femmes jusqu'à l'émergence du mouvement MeToo... Chaque saison apporte ses moments de doute ou de colère, de pardon et de découverte de soi.
Joyce Maynard explore avec acuité ce lieu d'apprentissage sans pareil qu'est une famille, et interroge : jusqu'où une femme peut-elle aller par amour des siens ? Eleanor y répond par son élan de vie. Son inlassable recherche du bonheur en fait une héroïne inoubliable, avec ses maladresses, sa vérité et sa générosité

 

 

 «  Marcas »

GIACOMETTI Eric, RAVENNE Jacques 

 Ed JC Lattès

Paris, palais de l’Élysée. La cérémonie de passation de pouvoir est en train de se terminer quand on révèle au nouveau chef d’État l'existence du cinquième rituel. Un secret qui ne se transmet qu’entre présidents. Un mystère que nul n’a jamais percé.
Cinq ans plus tard. Alors que de nouvelles élections approchent, un meurtre au cœur d’une obédience maçonnique fait ressortir l’étrange rituel.
La légende devient réalité.
Des profondeurs hantées de Moscou jusqu’à un château maudit : ce que la nuit des temps n’a pu effacer s’apprête à ressurgir.
Et cette fois, Antoine Marcas va devoir affronter son destin.

 

 

«  Marchands de mort subite »

IZAMBARD Max 

Ed Du Rouergue

Une journaliste française, Anne Marlot, est portée disparue alors qu’elle faisait des recherches sur le trafic de l’or en Ouganda et en République démocratique du Congo. Juliet Ochola, journaliste ougandaise, reprend cette enquête à haut risque, alors même qu’une insurrection étudiante met la capitale à feu et à sang. Dans un labyrinthe de questions et de faux-semblants, elle va lutter pour faire émerger des vérités dérangeantes face à un pouvoir aux abois.

 

 

 

«Une pluie de septembre»

BAILEY Anna

Ed. Sonatine

 

Whistling Ridge, petite ville de la côte Ouest des États-Unis, abrite une communauté très soudée autour de la First Baptist Church. Le dimanche, les fidèles se retrouvent à l’office du pasteur. La sérénité apparente de ses brebis recouvre en fait des mystères et des interrogations, notamment sur le comportement de la famille Blake. Le père, Samuel, ancien militaire rentré traumatisé et violent du Vietnam, la mère, Dolly, artiste frustrée et régulièrement tabassée, et trois enfants martyrisés. Tous sont frappés de stupeur quand Abigail, la sœur, disparaît un soir lors d’une fête étudiante.

C’est le premier roman d’une très jeune femme dont la sensibilité et l’empathie reflètent une personnalité pluriculturelle. L’atmosphère d’un milieu d’adolescents est évoquée avec réalisme : sexe, alcool, drogues dures. La brutalité du monde des adultes est soulignée par de multiples retours en arrière, et on voit combien leurs vies sont faites de rumeurs, de frustrations et de racisme. Malgré les descriptions d’une rude et parfois belle campagne et la justesse des analyses psychologiques, on se lasse des clichés : le vétéran traumatisé, les prêches enflammés du pasteur baptiste qui gouverne ses paroissiens, la haine des homosexuels, la faiblesse de la police, la domination masculine… Trop ambitieux peut-être ? Trop long surtout, comme cette enquête à la fin prévisible… (M.Bi. et B.T.

 

 

« Le voyant d’Etampes » PRIX FLORE 2021

 Abel QUENTIN

 Ed . L’Observatoire
 

L’heure de la retraite a sonné pour Jean Roscoff, professeur d’histoire sans ambition et peu écouté pendant trente-cinq ans à l’université. Désoeuvré et seul depuis que sa femme l’a quitté, il se laisse aller à ses mauvais penchants : mollesse, paresse, ivresse. Il se voit comme un raté dans le regard impitoyable de la compagne de sa fille « éveillée, conscientisée », alors qu’il idéalise ses années de militantisme au sein de SOS Racisme dans les années 1980.

Cependant, comme ranimé par un sursaut, il se ressaisit et reprend un projet ébauché quarante ans plus tôt, la biographie d’un poète américain noir méconnu, venu en France pour fuir le maccarthysme dans les années 1950. Sa fille lui déniche un petit éditeur, le livre sort dans l’indifférence générale …  Mais un blogueur réagit, il lui reproche de ne pas avoir assez insisté sur l’identité noire du poète, le voilà accusé de racisme, lui qui l’a tant combattu. La polémique enfle, tout en le laissant abasourdi par cette cabale atroce et injuste. Les réseaux sociaux et les journaux se déchaînent en meute contre lui. Insulté, calomnié, attaqué jusqu’à son domicile, il devient infréquentable. Lâché par tous, il doit même quitter Paris …

 

Une construction habile, fondée sur une mise en abyme de la biographie qui porte le même titre, sur une intrigue bien ficelée et sur un retournement de situation à la fin.

L’auteur réussit à rendre comique cette descente aux enfers. Le récit des échecs, des bévues et des mésaventures de son antihéros est d’une drôlerie irrésistible. En outre, ce vieux romantique mélancolique qui ne comprend rien à son époque et qui croit encore à un humanisme disparu reste terriblement attachant.

Rien n’échappe à sa plume acérée : il se moque allègrement des aberrations identitaires contemporaines à partir de la déconstruction méthodique des stéréotypes de genre et de race, comme du règne sans partage de Sartre dans les années 1950 ; il s’en prend au féminisme intransigeant ou à l’université, en pleine dégringolade, soumise aux minorités agissantes ; il brocarde le nouveau langage des jeunes et leurs codes disruptifs … Le mot trahison revient souvent, il ironise sur les lâchetés complaisantes et l’embourgeoisement des membres de la Famille de gauche, loin de l’idéal d’égalité et de fraternité de leur jeunesse. Bref, ses attaques tous azimuts révèlent sa liberté d’esprit.

Prix de Flore 2021. L’art d’éveiller les consciences avec humour

Octobre 2021

«Blizzard»

Marie VINGTRAS

Éd . de L’OLIVIER

 

 

Marie Vingtras est une écrivaine française née en 1972. Blizzard est son premier roman

 

 

Le blizzard fait rage en Alaska.

Au cœur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n'aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l'enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s'engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

 

Le suspense est omniprésent et donne à Blizzard des tournures de roman noir. Car si la recherche du petit garçon est le propos du récit, les révélations successives sur les 4 personnages principaux et leurs parcours de vie donnent au roman un aspect énigmatique et captivant. Tous ont des parts d’ombre, des non-dits, que l’on découvre petit à petit dans ce récit choral dont la construction en chapitres très courts  alimente le suspense et la complexité de la situation

 

Marie VINGTRAS publie ici un récit intense et efficace, et ce, conjugué à une qualité de l’écriture et de composition assez remarquable. 

 

 

 

« FURIES »

Julie  RUOCCO 

Ed . Actes Sud

  

                   

Julie Ruocco est agée de 28 ans, ancienne étudiante en lettres et diplômée en relations internationales. Passionnée par les cultures numériques, elle a publié un ouvrage de philosophie esthétique : « Et si jouer était un art ? ». Elle a obtenu le « Prix Envoyé Par la Poste 2021» pour son 1er roman « Furies ».

 

 

C’est en Syrie que se situe l’action. Bérénice, archéologue, est devenue trafiquante d’antiquités, elle est attirée par  l’ancienne Palmyre, elle rencontre des réfugiés et  Assim, pompier volontaire devenu fossoyeur à cause du conflit qui ravage son pays, sa famille, ses convictions. Elle déterre...il creuse.

Bérénice recueille une enfant que sa mère a glissée entre les barbelés pour lui épargner l’enfer. La rencontre de ces trois âmes blessées est comme une bulle d’humanité dans un monde de violence.

Leur chemin les conduira jusqu’à Rojava, sur les traces des guerrières peshmergas, ces femmes vaillantes et résistantes, défenseuses de la liberté et pariant sur la vie.

Assim remettra à Bérénice les témoignages recueillis par sa sœur Taym, qui avant de disparaître, décapitée par les hommes de l’État Islamiste , archivait chaque massacre sur une clé USB en vue de transmettre à des organisations internationales toutes les preuves de ces violences. 

 

En revisitant le mythe des Furies, divinités romaines persécutrices, déesses de la vengeance, Julie Ruocco raconte avec talent, le désenchantement de l’histoire en Syrie et le courage d’une renaissance. C’est un témoignage sur les 10 années de guerre qui ont détruit la Syrie. Cette guerre est inexplicable, ses combattants sont des furies du temps moderne.

 

C’est âpre, violent et pourtant ce 1er roman est aussi celui de l’amour, de la survie malgré l’intolérable, de la possible reconstruction et surtout il porte la voix des femmes qui ont le courage de se dresser contre l’oppression des hommes.

 

 

 

«KLARA ET LE SOLEIL »

ISHIGURO K

Ed . Gallimard

Kazuo Ishiguro ,  Prix Nobel de Littérature 2017 est né en 1954 à Nagasaki. Arrivé en Angleterre en 1960, il n'en repartira plus... On lui doit « Les vestiges du jour » et « Auprès de moi toujours » entre autres.

La narratrice, Klara est une AA, c'est à dire une Amie Artificielle. Elle attend patiemment dans la vitrine de la boutique qu'une enfant la choisisse. Les AA ont été conçues pour combler la solitude des adolescents. Les écoles n'existent plus, les cours sont dispensés par visio, seuls les meilleurs y ont droit, tandis que les autres enfants sont mis au ban de la société. Pendant ce temps, elle recharge ses batteries en suivant les rayons du soleil et en observant le comportement des humains qui passent dans la rue. Il faut dire que Klara est très observatrice, et empathique.

Un jour Josie  s'attarde devant la vitrine... et c'est le coup de foudre entre les deux ! La Gérante a prévenu Klara : attention  aux promesses des humains....

 Josie est très malade,  et risque de mourir comme sa sœur ainée. La mère de Josie est incapable d'envisager une nouvelle perte, et se lance dans un projet effrayant pour garder sa fille. Klara qui adore la fillette accepte cette folle idée. Mais si Klara est un humanoïde intelligent, elle a aussi ses limites et imagine qu'elle peut sauver Josie....

Elle sait que son obsolescence est programmée. Si Josie parvient à suivre des cours à l'université, elle sera abandonnée et jetée. Chacun, dans ce roman, vit avec une épée de Damoclès sur la tête, la mort, le renvoi, le rejet....

Ce roman soulève de nombreuses questions. La solitude des personnages, chacun à sa manière, la question de savoir si nous sommes irremplaçables, jusqu'où on peut aller pour enrayer cette solitude. Et que penser lorsque le moins humain des personnages est prêt à tout sacrifier par amour.

L'auteur nous parle d'amitié, d'amour, d'éthique. Un livre émouvant.

 

 

«La définition du bonheur»

Catherine Cusset 

Éd . Gallimard

 

 

 

Les deux femmes dont il est question dans ce roman ne se connaissent pas. Elles demeurent à des milliers de kilomètres l’une de l’autre bien que nées toutes les deux à Paris en 63 et 64.

 

Ève est installée dans la vie, un mari, des enfants, un métier de traiteur à domicile qui la passionne à New-York. Elle réussi tout ce qu’elle entreprend, sa stabilité, son équilibre en font une femme forte jusqu’à ce que la maladie lui coupe son élan.

 

Clarisse quant à elle vit à Paris, passionnée de l’Asie elle voyage constamment et rencontre à cette occasion l’homme qui deviendra son compagnon avant qu’il ne la trahisse avec sa meilleure amie.

 

Catherine Cusset nous relate en parallèle la vie de ces deux femmes depuis leur adolescence jusqu’à leur cinquantaine, celle à qui tout réussi , l’autre qui profite de la vie sans rien installer et tout au long de la lecture le lecteur se demande quel lien peut unir ces deux femmes. Elles finissent par se rencontrer en 2018 dans des conditions surprenantes et là nous découvrons le secret qui les unit.

3 ans plus tard  Clarisse trouve la mort..

 

C’est un livre qui parle de l’abandon, de la trahison , de la recherche éperdue du bonheur pour Clarisse. L’auteur nous livre sa vision de l’impact de la structuration mentale de l’enfance et des non-dits familiaux sur la réalisation des événements qui influencent toute vie. 

 

Très bonne lecture, beaucoup d’originalité, l’écriture est agréable, se lit d’une traite parce qu’elle nous tient en haleine, on veut connaître le lien entre ces deux femmes.

 

Françoise Assael

Septembre 2021

 

«PREMIER SANG»

NOTHOMB Amélie

Ed . Albin Michel

 

Avec ce trentième roman, Amélie Nothomb rend hommage  à son père, Patrick, décédé d'un cancer l'année dernière , le premier jour du confinement.

 1964 ,,,,Patrick Nothomb va mourir... Il est devant le peloton d'exécution. Jeune Consul de Belgique  dans l'ancien Stanleyville, au Congo, il a été pris comme des centaines  de ses compatriotes  en otage par le chef de la rébellion Christian Gbenyé. Pendant les palabres, il est l'interlocuteur privilégié du rebelle, des otages sont abattus et le Consul qui s'évanouit à la vue du sang, fait tout son possible pour ne pas voir les cadavres.

 

Il se raconte.. avec beaucoup d'humour. Il est élevé par ses grands-parents maternels, sa mère, veuve inconsolable, ne s'en occupe pas. C'est un petit garçon calme,  vêtu de velours noir et de dentelle, amoureux des lettres.

 Pour l'endurcir, il est envoyé dans sa famille paternelle,  où le grand-père  véritable tyran, se voit comme un grand poète.La tribu vit dans un château décrépit, se nourrissant de rhubarbe, habillée de haillons, famélique. Mais pour Patrick, c'est une période merveilleuse de sa vie.

Amélie Nothomb donne la parole à son père, puisque que le  narrateur c'est lui. Le lecteur peut supposer qu'Amélie ne verra jamais le jour... puisqu'il  va mourir ! A l'époque de la prise d'otages, le jeune consul est déjà père de deux enfants. Très beau livre, émouvant

 

 

«TRUE STORY»

Kate REED PETTY

Ed  Gallmeister

Kate REED PETTY est une auteure américaine, diplômée de l’université de Saint Andrews en Ecosse.

True Story est son premier roman, elle a mis 5 ans à l’écrire.

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en 1999 par 2 ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté. Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, ivre et inconsciente, chez elle ? Quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir, faut-il se venger ou pardonner, ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce que l’on n’a jamais vraiment su ?

J’ai lu ce roman comme un thriller, jusqu’à la dernière page on oscille entre le doute et la certitude du fondement de la rumeur sur le viol d’Alice.

La rumeur et ses conséquences dévastatrices sont au cœur du roman, mais aussi l’amitié, la dureté des universités américaines, la misogynie, la toute puissance des équipes sportives universitaires qui permet d’étouffer toute source de scandale.

La tension va crescendo au fur et à mesure de la lecture, l’écriture peut décontenancer, on a du mal à faire la part des choses entre réalité et fiction. C’est une sorte de puzzle littéraire écrit à des personnes différentes, parfois sous forme de scénarii de pièces de théâtre, parfois sous forme des lettres de candidatures universitaires d’Alice, on passe dans la peau des différents personnages qui font avancer le roman jusqu’à la chute finale des dernières pages.  Premier roman détonnant, je recommande.