Littérature Adulte 2021-2022

Octobre 2021

«Blizzard»

Marie VINGTRAS

Éd . de L’OLIVIER

 

 

Marie Vingtras est une écrivaine française née en 1972. Blizzard est son premier roman

 

 

Le blizzard fait rage en Alaska.

Au cœur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n'aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l'enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s'engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

 

Le suspense est omniprésent et donne à Blizzard des tournures de roman noir. Car si la recherche du petit garçon est le propos du récit, les révélations successives sur les 4 personnages principaux et leurs parcours de vie donnent au roman un aspect énigmatique et captivant. Tous ont des parts d’ombre, des non-dits, que l’on découvre petit à petit dans ce récit choral dont la construction en chapitres très courts  alimente le suspense et la complexité de la situation

 

Marie VINGTRAS publie ici un récit intense et efficace, et ce, conjugué à une qualité de l’écriture et de composition assez remarquable. 

 

 

 

« FURIES »

Julie  RUOCCO 

Ed . Actes Sud

  

                   

Julie Ruocco est agée de 28 ans, ancienne étudiante en lettres et diplômée en relations internationales. Passionnée par les cultures numériques, elle a publié un ouvrage de philosophie esthétique : « Et si jouer était un art ? ». Elle a obtenu le « Prix Envoyé Par la Poste 2021» pour son 1er roman « Furies ».

 

 

C’est en Syrie que se situe l’action. Bérénice, archéologue, est devenue trafiquante d’antiquités, elle est attirée par  l’ancienne Palmyre, elle rencontre des réfugiés et  Assim, pompier volontaire devenu fossoyeur à cause du conflit qui ravage son pays, sa famille, ses convictions. Elle déterre...il creuse.

Bérénice recueille une enfant que sa mère a glissée entre les barbelés pour lui épargner l’enfer. La rencontre de ces trois âmes blessées est comme une bulle d’humanité dans un monde de violence.

Leur chemin les conduira jusqu’à Rojava, sur les traces des guerrières peshmergas, ces femmes vaillantes et résistantes, défenseuses de la liberté et pariant sur la vie.

Assim remettra à Bérénice les témoignages recueillis par sa sœur Taym, qui avant de disparaître, décapitée par les hommes de l’État Islamiste , archivait chaque massacre sur une clé USB en vue de transmettre à des organisations internationales toutes les preuves de ces violences. 

 

En revisitant le mythe des Furies, divinités romaines persécutrices, déesses de la vengeance, Julie Ruocco raconte avec talent, le désenchantement de l’histoire en Syrie et le courage d’une renaissance. C’est un témoignage sur les 10 années de guerre qui ont détruit la Syrie. Cette guerre est inexplicable, ses combattants sont des furies du temps moderne.

 

C’est âpre, violent et pourtant ce 1er roman est aussi celui de l’amour, de la survie malgré l’intolérable, de la possible reconstruction et surtout il porte la voix des femmes qui ont le courage de se dresser contre l’oppression des hommes.

 

 

 

«KLARA ET LE SOLEIL »

ISHIGURO K

Ed . Gallimard

Kazuo Ishiguro ,  Prix Nobel de Littérature 2017 est né en 1954 à Nagasaki. Arrivé en Angleterre en 1960, il n'en repartira plus... On lui doit « Les vestiges du jour » et « Auprès de moi toujours » entre autres.

La narratrice, Klara est une AA, c'est à dire une Amie Artificielle. Elle attend patiemment dans la vitrine de la boutique qu'une enfant la choisisse. Les AA ont été conçues pour combler la solitude des adolescents. Les écoles n'existent plus, les cours sont dispensés par visio, seuls les meilleurs y ont droit, tandis que les autres enfants sont mis au ban de la société. Pendant ce temps, elle recharge ses batteries en suivant les rayons du soleil et en observant le comportement des humains qui passent dans la rue. Il faut dire que Klara est très observatrice, et empathique.

Un jour Josie  s'attarde devant la vitrine... et c'est le coup de foudre entre les deux ! La Gérante a prévenu Klara : attention  aux promesses des humains....

 Josie est très malade,  et risque de mourir comme sa sœur ainée. La mère de Josie est incapable d'envisager une nouvelle perte, et se lance dans un projet effrayant pour garder sa fille. Klara qui adore la fillette accepte cette folle idée. Mais si Klara est un humanoïde intelligent, elle a aussi ses limites et imagine qu'elle peut sauver Josie....

Elle sait que son obsolescence est programmée. Si Josie parvient à suivre des cours à l'université, elle sera abandonnée et jetée. Chacun, dans ce roman, vit avec une épée de Damoclès sur la tête, la mort, le renvoi, le rejet....

Ce roman soulève de nombreuses questions. La solitude des personnages, chacun à sa manière, la question de savoir si nous sommes irremplaçables, jusqu'où on peut aller pour enrayer cette solitude. Et que penser lorsque le moins humain des personnages est prêt à tout sacrifier par amour.

L'auteur nous parle d'amitié, d'amour, d'éthique. Un livre émouvant.

 

 

«La définition du bonheur»

Catherine Cusset 

Éd . Gallimard

 

 

 

Les deux femmes dont il est question dans ce roman ne se connaissent pas. Elles demeurent à des milliers de kilomètres l’une de l’autre bien que nées toutes les deux à Paris en 63 et 64.

 

Ève est installée dans la vie, un mari, des enfants, un métier de traiteur à domicile qui la passionne à New-York. Elle réussi tout ce qu’elle entreprend, sa stabilité, son équilibre en font une femme forte jusqu’à ce que la maladie lui coupe son élan.

 

Clarisse quant à elle vit à Paris, passionnée de l’Asie elle voyage constamment et rencontre à cette occasion l’homme qui deviendra son compagnon avant qu’il ne la trahisse avec sa meilleure amie.

 

Catherine Cusset nous relate en parallèle la vie de ces deux femmes depuis leur adolescence jusqu’à leur cinquantaine, celle à qui tout réussi , l’autre qui profite de la vie sans rien installer et tout au long de la lecture le lecteur se demande quel lien peut unir ces deux femmes. Elles finissent par se rencontrer en 2018 dans des conditions surprenantes et là nous découvrons le secret qui les unit.

3 ans plus tard  Clarisse trouve la mort..

 

C’est un livre qui parle de l’abandon, de la trahison , de la recherche éperdue du bonheur pour Clarisse. L’auteur nous livre sa vision de l’impact de la structuration mentale de l’enfance et des non-dits familiaux sur la réalisation des événements qui influencent toute vie. 

 

Très bonne lecture, beaucoup d’originalité, l’écriture est agréable, se lit d’une traite parce qu’elle nous tient en haleine, on veut connaître le lien entre ces deux femmes.

 

Françoise Assael

Septembre 2021

 

«PREMIER SANG»

NOTHOMB Amélie

Ed . Albin Michel

 

Avec ce trentième roman, Amélie Nothomb rend hommage  à son père, Patrick, décédé d'un cancer l'année dernière , le premier jour du confinement.

 1964 ,,,,Patrick Nothomb va mourir... Il est devant le peloton d'exécution. Jeune Consul de Belgique  dans l'ancien Stanleyville, au Congo, il a été pris comme des centaines  de ses compatriotes  en otage par le chef de la rébellion Christian Gbenyé. Pendant les palabres, il est l'interlocuteur privilégié du rebelle, des otages sont abattus et le Consul qui s'évanouit à la vue du sang, fait tout son possible pour ne pas voir les cadavres.

 

Il se raconte.. avec beaucoup d'humour. Il est élevé par ses grands-parents maternels, sa mère, veuve inconsolable, ne s'en occupe pas. C'est un petit garçon calme,  vêtu de velours noir et de dentelle, amoureux des lettres.

 Pour l'endurcir, il est envoyé dans sa famille paternelle,  où le grand-père  véritable tyran, se voit comme un grand poète.La tribu vit dans un château décrépit, se nourrissant de rhubarbe, habillée de haillons, famélique. Mais pour Patrick, c'est une période merveilleuse de sa vie.

Amélie Nothomb donne la parole à son père, puisque que le  narrateur c'est lui. Le lecteur peut supposer qu'Amélie ne verra jamais le jour... puisqu'il  va mourir ! A l'époque de la prise d'otages, le jeune consul est déjà père de deux enfants. Très beau livre, émouvant

 

 

«TRUE STORY»

Kate REED PETTY

Ed  Gallmeister

Kate REED PETTY est une auteure américaine, diplômée de l’université de Saint Andrews en Ecosse.

True Story est son premier roman, elle a mis 5 ans à l’écrire.

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en 1999 par 2 ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté. Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, ivre et inconsciente, chez elle ? Quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir, faut-il se venger ou pardonner, ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce que l’on n’a jamais vraiment su ?

J’ai lu ce roman comme un thriller, jusqu’à la dernière page on oscille entre le doute et la certitude du fondement de la rumeur sur le viol d’Alice.

La rumeur et ses conséquences dévastatrices sont au cœur du roman, mais aussi l’amitié, la dureté des universités américaines, la misogynie, la toute puissance des équipes sportives universitaires qui permet d’étouffer toute source de scandale.

La tension va crescendo au fur et à mesure de la lecture, l’écriture peut décontenancer, on a du mal à faire la part des choses entre réalité et fiction. C’est une sorte de puzzle littéraire écrit à des personnes différentes, parfois sous forme de scénarii de pièces de théâtre, parfois sous forme des lettres de candidatures universitaires d’Alice, on passe dans la peau des différents personnages qui font avancer le roman jusqu’à la chute finale des dernières pages.  Premier roman détonnant, je recommande.